30.01.2009

Suicide

SUICIDE.

 

 

 

Je ne l’ai jamais nié, j’ai déconné

C’est vrai je me suis complètement égaré.

Je n’aurais jamais du la voler cette télé

C’était la coupe du monde j’ai disjoncté.

 

Est-ce une raison pour me tutoyer,

M’insulter, me bousculer, me bastonner,

Me jeter dans cette cellule sans manger,

M’obliger à implorer afin de pouvoir pisser ?

 

Transfert, je suis en prison depuis une semaine

À attendre sans explication, sans espoir

Les matons me traite comme un criminel

J’ai une peur permanente de mes codétenus.

 

Eux c’est des durs des vrais, pas des pédés.

D’ailleurs il ne se gêne pas pour me le rappeler

T’as des couilles ou quoi tu ne vas pas pleurer

Toute la journée comme une gonzesse.

 

Je n’en dors plus, je revis tout en boucle

J’ai honte pour ma mère et mon père

Ma famille est déshonorée dans la cité

Quand à moi ma vie est foutue, c’est sûr.

 

Madame, Monsieur bonsoir, voici les titres :

Un communiqué du Ministère de la Justice

Annonce qu’un nouveau détenu c’est suicidé

Il s’agit du douzième cas depuis le début du mois.

 

Carla Bruni a vendu trois cent mille exemplaires

De son dernier disque "Comme si de rien n’était".

 

 

Le 27 octobre 2008.

28.01.2009

Haïkus.

 

Luc-sur-Mer.

 

 

 

Lointain vent d’hiver

Hurlent les loups sibériens

A mes oreilles.

 

Elle frôle le vent

L’aérienne mouette,

Ballet sans pudeur.

 

Humides reflets

Du ciel bleu dans les yeux clairs

Du sable amant.

 

 

Le 24 janvier 2009.

 

 

La mouette crie

Que puis je lui répondre

Pauvre bipède.

 

Mes pieds sur terre,

Attraction universelle

Me dit la marée.

 

Boule de coton

Sur le sable humide

Duvet d’angelot.

 

Petits fossiles

Clin d’œil de l’éternité

À l’éphémère.

 

Face au large

Assis dans sa Citröen

L'homme et le temps.

 

 

Le 26 janvier 2009.

 

 

A Jean-Jacques

 

 

Le chef a posé

Sa toque sur le rebord

Du temps qui passe.

 

 

Un éclair noir brut

Foudroie l’ami, le frère

- La rivière gèle.

 

 

Un maillon brisé

La chaîne reconstitue

L’Éternelle Union.

 

 

Ma bouche pleine

Du goût âcre de la mort

Dure impuissance.

 

 

Cercueils et roses,

Gémissons mais espérons

- Pas dans la neige.

 

 

Il est mort hier seul

Si communs, si tragiques

Les mots du vivant.

 

 

Un jet de lave

Figé pour l’éternité

Fleur cardinale.

 

 

Mourir d’un rien,

Rire de tout disent-ils,

Demain peut être.

 

 

Par delà l’instant

Existe l’universel

Renouveau de vie.

 

 

Le 19 janvier 2009.

Un jour il faut bien

Accepter la vérité :

La nuit est tombée.

 

 

Demain résister

A la tentation du noir

Choisir l’or d’Orient.

 

 

Le 26 janvier 2009.

 

 

 

 

Désillusion stellaire

DÉSILLUSION STELLAIRE.

 

 

 

 

Une larme de lune

Coule sur ma joue

Creusant un sillon

De sang pourpre.

 

Reflet de soleil

Ambivalence cruelle :

Ombre de mort ou

Spectre irradiant ?

 

Désillusion stellaire

Fleuve de poussière

Figé en un masque

Grimaçant de douleur.

 

Remugles éternels

Du sang innocent,

Flaques noires

Des nuits sans lunes

 

Pleurs de désamour,

Désespoir silencieux

Au creux du sillon

De sang pourpre.

 

 

Le 24 janvier 2009.

22.01.2009

Parcours.

PARCOURS.

 

 

 

Deux textes dans lesquelles il fallait insérer la phrase suivante : "Nous préférons y aller désarmés, confiants".

 

 

Parcours I

 

Point d’arrogance inutile,

Point d’agitation stérile.

Nous ne gérons ni

L’espace, ni le temps.

 

Assemblage éphémère

Gratifié d’un souffle inespéré

Nous cheminons somnambules,

Égarés dans la nuit profonde.

 

Quelques-uns demandent :

Où est la Porte d’Or ?

Personne ne répond.

"Cherchez, cherchez, nous

Dit la Primordiale,

Il y a un sens

Vous pouvez le trouver".

 

Nos ongles ont creusé

La gangue amère.

En son cœur l’Étincelle éternelle

Éclaire notre Porte d’Or,

Ouverte.

 

La réconciliation illumine

L’harmonie du ciel et de la terre.

La Porte Noire existe toujours,

Mais la peur a disparu

Maintenant

Nous préférons y aller

Désarmés, confiants.

 

 

Parcours II

 

 

Après quatre heures de marche nous avons rejoint le col Estérol, passage le plus élevé du massif de l’Estérel. Montée difficile sous un soleil de plomb. L’ombre est la bienvenue ainsi que le pique-nique. Panse pleine, le rosé bien frais agissant toute la joyeuse compagnie décrète une sieste sans but lucratif.

Sage décision que je mets en application immédiate. Un doux zéphyr m’éveille délicatement, mais ne serais ce pas plutôt ce léger bruit de glissement ou ce sifflement mélodieux ?

Mes yeux se portent vers le pic de la Mirandole d’où semblent venir ces sons harmonieux. Enfer et putréfaction ! D’énormes sphères dévalent la pente, elles sont de couleurs différentes, lumineuses, merveilleuses. Souples comme des bulles de savon elles passent tous les obstacles avec légèreté et douceur. Je reste inerte fasciné par le spectacle. Mais, mais…..elles se dirigent vers nous, " Mes amis, mes amis réveillez-vous, vite ! Vite !".

Dès mes premiers cris la vitesse des sphères c’est brutalement accélérée, mes camarades ont juste le temps de se lever qu’elles sont sur nous.

Une boule rouge me roule dessus et me voici collé comme une vulgaire "musca domestica" sur du papier tue-mouches. Deux trois rebonds et direction les cieux. Doucement, car je crains qu’un mouvement brusque ne me décroche, je pivote la tête je suis entouré de mes compagnons scotchés de façon identique.

Juste le sifflement mélodieux, je me sens léger, léger, une plaisante euphorie m’a envahie

Maintenant nous montons et descendons comme si nous étions sur un manége de chevaux de bois.

"Alors les amis, ravi de ce petit tour sur le grand manége cosmique ?". D’où vient cette voix ? Il faut peut être mieux répondre, je me lance :

"Bein, surpris, très surpris !"

"Ce n’est qu’un début, Cosmoland va vous offrir des divertissements incroyables : le grand huit galactique, le trou noir infernal, le chamboule astéroïdes, la loterie de Plank et pour vous ravir je jouerai du xylophone sur les étoiles. La fête perpétuelle c’est cela le domaine de la Mort et non le monde souterrain d’Hadès inventés par les hommes, alors on y va ?"

"De toute façon nous n’avons pas le choix, alors nous préférons y aller désarmés et confiants"

 

Le 17 novembre 2007.

19.01.2009

Noeud gordien.

LE NOEUD GORDIEN.

 

 

 

 

Il faut trancher

Le nœud gordien

De serpents malsains.

 

Dénouer à jamais

Les liens noirs

De nos mémoires.

 

Briser sans pitié

La lourde chaîne

Des vieux gènes.

 

Douce utopie

Baume illusoire

Sur mon désespoir.

 

Le 19 janvier 2009.

17.01.2009

J'ai un peu le blues.

Il est vrai que l'actualité me déprime.

 

PARFOIS.

 

 

 

 

 

Parfois je rêve

De plomb mon cœur l’enrober

De céciter mes yeux

De surditer mes oreilles

De plonger dans le puit noir

De l’amnésie facile

De descendre, descendre

De traverser la réalité

De retrouver les miens

De ne plus avoir peur

De ne plus désespérer

De sourire simplement

De vivre sans haine

De prier sans religion

De tribu sans ethnie

De sagesse sans guru

De paix sans calumet

 

Parfois je regrette

De mon pays le lointain.

 

 

Le 17 janvier 2009.

 

15.01.2009

SDFX

Toujours sur le principe de Perec un poème en quatre strophes, de quatre vers, de quatre mots, de quatre lettres.

 

SDFX.

 

 

 

 

SDFX seul, hors tout

Faim, peur, nuit, rien

Bois, gare, cave, coin

Tête vide, fuir, fuir.

 

Gens secs, yeux clos

Vous, nous, tous nuls.

Ours gras dans auto

Flux repu donc ravi.

 

Samu bref lien ténu

Doux mais vite fini

Café fort, pull, ciao

Vide, face-face, stop.

 

Mort SDFX dans trou

Sans toit, sans murs.

Mare sang noir gelé

Aube sale, chat gris.

 

 

Le 10 janvier 2009.

 

11.01.2009

Loin.

Petit jeu à la Perec : quatre strophes, de quatre vers, de quatre mots, de quatre lettres.

 

 

LOIN.

 

 

 

 

Ciel bleu, dune ocre

Vent âcre fort têtu

Oued vide, rare bête.

Auto, moto, vélo rien !

 

Hôte mâle bleu azur

Port fier, tête rude

Voix mûre, main sûre.

Soir feux, rire, jeux.

 

Doux abri vite levé

Sous nuit sans voix

Lune pâle pour tous

Yeux clos beau rêve

 

Aube rose luxe rare

Beau site, pics fins.

Joie maxi, gros émoi.

Loin, très loin tout.

 

 

Le 10 janvier 2009.

 

10.01.2009

Mars en automne

MARS EN AUTOMNE.

 

 

 

 

Venus des quatre vents

Les poussières des grandes terres

S’amoncellent fébrilement

Riches moissons de futur.

 

Les pluies de mousson

Détruisent de leurs rafales

L’espérance de fertilité

Pleurs acides de futur

 

L’harmattan parcours goulûment

Les arides plaines du centre

Desséchant l’asséché

Négation de futur.

 

Le simoun embrase les baobabs

Du vaste pays des géants

La fumée aveugle le soleil

Sombres reflets de futur.

 

Mars arrive en automne

Une nouvelle fois

Le printemps est mort-né

Les mères hurlent au futur

 

Venus des quatre vents

Les poussières des grandes terres

S’amoncellent fébrilement

Riches moissons de futur.

 

 

Le 07 janvier 2009.

07.01.2009

Pique nique.

PIQUE-NIQUE II.

Joyeux anniversaire

 

 

John est tout fier de lui pour une fois il n’a pas oublié. Dès que la porte s’ouvre il se précipite embrasse Jacky et fébrilement lui demande :

"Ma chérie demain c’est l’anniversaire de nos dix ans de mariage. Est-ce que cela te ferait plaisir que nous allions fêter ce joyeux événement au restaurant ?"

Jacky surprise de son empressement et surtout qu’il se soit souvenu, pour la première fois, de la date de leur union lui répond :

"Mon chéri ton idée est excellente mais comme le temps est magnifique et que j’adore, je te propose un pique-nique". (En plus se serait mieux pour nos finances).

"Dans le jardin ?"

"Non à la campagne, un vrai pique-nique sur l’herbe".

John n’est pas amateur de ce type de repas à ras du sol, l’inconfort n’a pas fait partie de son éducation. C’est lui qui est l’instigateur alors, exceptionnellement, il se doit de faire un effort. Son sourire charmeur sur les lèvres il acquiesce :

"D’accord, je m’occupe des boissons et du dessert".

"Ok ! Je me charge de l’entrée et du plat". Je vais encore avoir droit à la tatin pense-t-elle, enfin !!

L’après midi est calme, chacun à tour de rôle s’affaire en cuisine, puis John met dans un panier le couvert et Jacky choisi une nappe champêtre.

Dimanche matin le ciel est bleu et la température douce à souhait, il fait délicieusement bon. Le panier et la glacière sont vivement rangés dans la voiture.

"Où veux tu que nous allions ? demande John".

"J’aimerai bien aller dans le pré sous le bois du père Mathieu, nous serons proche du lac, c’est pratique si nous voulons nous baigner ou faire un tour avec la barque d’Aristote, il m’a dit que nous pouvions l’utiliser quand nous voulions".

"Aristote je le trouve bien prévenant avec toi".

"Arrête tu ne va pas me faire une scène de jalousie, parce que ce vieux marin-pêcheur est serviable".

"Tu as raison, filons vite".

Pendant le trajet Jacky pense que John est un type charmant dans le fond. Il est vrai qu’il est facilement irascible mais son travail de représentant n’est pas toujours facile, beaucoup de déplacement, des clients exigeants, versatiles et souvent agressifs.

 

Confortablement installé sur des coussins, idée géniale de Jacky, John sort délicatement d’un étui isotherme une bouteille de Dom Pérignon 1997.

"C’est une folie, s’exclame Jacky, toi qui a du mal à payer les traites de ta voiture !"

"Je sais mais à événement exceptionnel, réponse exceptionnelle !"

Moment de bonheur, bulles de détente après dix ans où il y a eu plus d’orages que de cieux sereins. Est-ce le début d’une nouvelle vie rêve Jacky ?

Allez revenons au concret.

"Salade de tomates et œufs durs en entrée, donne ton assiette mon chéri. Le sel, …le sel non je l’ai oublié"

"Comment tu as oublié le sel, c’est incroyable depuis dix ans que je te le répète : je déteste les œufs sans sel, est ce qu’un jour tu pourras faire fonctionner ta petite tête ?"

"C’était trop beau pour que ça dure, tu ne vas pas me faire une crise pour si peu, me gâcher cet anniversaire si bien débuté pour une fadaise".

John se calme, il semble regretter son emportement excessif.

Jacky lui présente le rôti de porc froid et les chips, John se sert et lui demande doucement :

"As-tu pris la moutarde ?".

"Non, mais j’ai des cornichons".

"J’en ai rien à foutre de tes cornichons c’est de la moutarde que je veux !".

"Tu es fou mon pauvre gars, il faut te faire soigner".

"C’est toi qui doit être soignée, après dix ans de vie commune ton petit cerveau n’a pas réussi à imprimer que je prenais toujours de la moutarde avec ma viande froide".

Jacky est hors d’elle, folle de rage devant tant d’imbécillité.

"Salut je m’en vais et cette fois ci pour de bon".

John se lève d’un bond et aboie :

"Fout le camp va le rejoindre ton Aristote".

"C’est une obsession espèce de taré. Est ce que moi je t’en fait tout un plat lorsque tu vas au "Café des Sports" faire ton tiercé et prendre tes rendez-vous avec la Marilyn aux gros seins. Tu crois que je suis aveugle ?".

"Casse toi !"

"Tout de suite et pas pour la maison. La prochaine fois c’est Maître Kissinger qui te donnera de mes nouvelles".

Lorsque la voiture s’immobilisa pour prendre l’auto-stoppeuse le premier éclair déchira le ciel et d’énormes gouttes de pluie firent frémir la carrosserie. À la radio Alain Bashung chantait "Vertige de l’amour".

 

Le 20 juin 2008.

PIQUE-NIQUE III.

Œuvre éphémère.

 

 

 

 

Sur sa palette un vert tendre et moelleux

Qu’il étale délicatement au sol.

Un ajout de bleu, et jaillissent des arbres

À l’ombre violette, douce et apaisante.

 

Pour illuminer le lieu deux couches d’azur

Sur les nuages gris, une caresse sur les blancs.

Un lavage soigné libère le soleil de sa gangue,

Son sourire radieux réchauffe la toile.

 

Un rectangle parsemé de jaune et d’orange

Se pose comme un parachute d’ange.

Disques blancs de lunes multiples et épanouies.

Stries argentées et changeantes des couverts.

Puis du pinceau éclosent des pétales rouges.

 

Éclat diamant des verres, reflet d’un feu d’artifice

De bulles espiègles et impertinentes.

Quelques touches carmin de liqueur bachique,

D’ocre jaune croustillant de boules de pain.

 

Kaléidoscope aux multiples couleurs

Les fruits et légumes appellent l’été.

Il ne manque plus que les invités à croquer,

Alors l’amitié joyeuse et festive animera

L’oeuvre éphémère d’un artiste intermittent.

 

Le 21 juin 2008.

 

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