03.04.2009

Réfugié.

RÉFUGIÉ.

 

 

 

 

Huit jours que je marche

Vers le nord, vers l’Autre pays

Sous le grand soleil noir,

Dans la poussière de nos morts.

 

Huit jours que je marche

J’entends les pleurs des enfants

J’entends les cris des femmes.

J’entends les rires des barbares

 

Huit jours que je marche

Je vois mes parents égorgés

Je vois les fillettes violées

Je vois la mort hilare.

 

Huit jours que je marche

Tremblant de frayeur

Dès que j’entends la rumeur

"Ils arrivent, Ils arrivent".

 

Huit jours que je cours me cacher

Dans la forêt, le marais, le fossé

Je deviens invisible et silencieux

Comme un tronc, un cadavre.

 

Huit jours que je tombe,

Sans dormir, vais-je mourir ?

Je le souhaite et le redoute

Pourquoi suis-je vivant ?

 

Huit jours que je mange

Des racines, des baies et

De la viande pourrie de …

Pas de question mes aïeux.

 

Dix jours que je marche

À l’entrée du camp

À coup de bâton

Ils nous mettent en rang.

 

Dix heures que j’attends

Dans l’Autre pays

Sous le grand soleil noir

Dans la poussière rouge.

 

Dix secondes, rapide regard puis

Une couverture, une gamelle.

Anonyme reconnaissance

Du réfugié C 2830.

 

Six mois que je tourne

Dans le camp. Seules

Les mouches s’intéressent à moi

Je cherche désespérément.

 

Deux heures que j’attends

Muet et tête basse

"Suivant" je tend ma gamelle,

Claquement de la louche. "Merci"

 

 

Le 05 décembre 2008.

Commentaires

"Du réfugié C2830"
Un de tes plus beaux vers, si la poésie révèle, dénonce, accuse.
Merci Jean
Bises
Hugo

Ecrit par : Hugo | 04.04.2009

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