30.04.2009

Tout doit disparaître.

TOUT DOIT DISPARAÎTRE.

 

 

 

 

Tout doit disparaître,

liquidation totale avant travaux.

 

Un cœur presque neuf

une légère fêlure, quelques éclats

bien dissimulés.

Une cure de printemps et

il sera lisse et bien chaud.

Mise à prix : trois émotions.

 

Une main fatiguée

ridée de tendresse.

Serrez légèrement, délicatement

Elle deviendra chaude

douce et caressante.

Mise à prix : trois sentiments.

 

Un œil blasé, décoloré

revenu de tout

il a trop vu d’atrocités

il en a oublié la beauté.

Emmenez le au square

Sur le banc face aux enfants.

Laissez cuire à soleil doux,

il retrouvera l’acuité

de ses six ans.

Mise à prix : trois clins d’œil.

 

Un cerveau cabossé

Malmené, harcelé

Pourtant toujours plein de rêves,

d’utopies et de ciel bleu.

Un brossage fin et délicat

au soleil d’une île grecque

lui redonnera vivacité,

ouverture et humour

Mise à prix : trois neurones.

 

Une oreille paresseuse

Encrassé de fausses nouvelles,

usée par les mensonges.

Si vous lui susurré quelques

poèmes d’humain amour

elle refleurira au verbe

Mise à prix : trois Mozart

 

Un esprit désabusé

d’avoir été abusé.

Plus de joie que des doutes.

Quelques gouttes d’espérance

chaque jour et

la brume le quittera.

Mise à prix : trois colombes

 

Une langue épaisse de

Tant de mots regrettés, de

Tant de mots restés collés.

Désépaissir avec précaution

à l’aide d’une râpe à vérité.

Bien fine elle cisèlera cette fois

les mots légers, ensoleillés

si longtemps oubliés, cachés.

Mise à prix : trois poèmes.

 

 

Le 30 avril 2009.

28.04.2009

Le puits.

LE PUITS.

 

 

 

 

La poulie renâcle et couine

le grand puits est si profond.

Le seau déverse l’odorant purin

bile des monstres souterrains.

La porte se ferme en grinçant,

le vent griffe les volets.

La chair cherche un squelette

dans les méandres du temps,

pourquoi nous sommes nous

condamnés à

vivre dans le souffle des vents ?

Le coq a perdu la tête

décapité par les morts.

Désorientée la bulle éclate

sans laisser de trace.

Fragiles comme l’éternité

souveraine

les lampyres fuient dans l’espace

la prégnante origine.

Les mots, vomissures des ténèbres,

souillent les lèvres des momies,

il faudra réapprendre l’aurore.

Des salves d’or ont fusillé

les fragiles fleurs,

les hommes mastiquent du khat

en s’amusant de leur agonie.

Jour après jour ils remplissent

leur faille purulente

de baumes argentés,

d’onguents de leurres,

confondants aurore et servilité.

Fuir l’esclavage de la fausse liberté,

vomir les poisons goulûment avalés,

derrière le mur de soie découvrir

la transparente incandescence.

Utiliser la pourriture de la plaie

pour fertiliser son appétit

et dans un spasme titanesque

vomir les vipères rouges et

les vouivres laiteuses, alors voir

dans la béance jaillir les sources.

Pleurer en laissant se clore la nuit

comme s’ouvre le long tunnel.

Parcourir le désert du centre

plein de facétieux assassins qui

vantent le facile abandon du cercle,

pour étreindre, loin de l’orage,

le bonheur illimité à 29 euros 90.

Le coq de la Rolex chante.

De pauvres hères irréalistes,

plein d’ascendants cyclones

ouvrent leur mémoire pour

tenter de détruire ce fallacieux

rempart de sable, qui aveugle

les fenêtres du firmament.

J’ai frémis en côtoyant le précipice

de mes bons sentiments.

L’edelweiss m’a dis :

bonimenteur du passé, aboyeur du futur,

vis dans le présent.

Mon cœur calciné cherche

le moindre souffle pour apaiser

la tristesse du violoncelle.

J’erre perdu dans ma ville,

au pied des lampadaires flétris,

dans la douleur de la lumière

artificielle,

je poignarde des ombres.

Illusoire béatitude du meurtrier

en recherche de sainteté

un bouquet de fragrances en main.

Illuminé j’éructe pour récupérer mes

fragments d’illusions éparpillés

dans le cosmos nourricier, où

elles recherchent éperdues leur place

dans le puzzle du jeu de la Vérité.

Sonore expression de la réalité

la poulie renâcle et couine

l’étoile s’est noyée dans le puits

clame t-elle il n’y aura plus de réponse.

Le sablier s’est bouché

le temps ne s’écoule plus

seul le cri de la Passion résonne

sans fin et sans raison.

L’Univers entier vibre de

la rage de mourir, le big crunch

initie ses premiers pas,

vers le toboggan du retour

à l’éternelle renaissance.

Seul, hors du temps,

l’as de pique s’habille, enfile

un brassard de deuil et

se dirige lentement

en direction du cimetière.

À la porte muet d’effroi

Il découvre le grand puits sans fin.

Terreur statufiée il comprend :

Il n’y a plus d’au-delà !

 

 

Le 28 avril 2009.

27.04.2009

Parfum.

PARFUM.

 

 

 

 

Forces irrésistibles du

Vainqueur noir.

L’odorante menthe enivre

Mes semelles,

Oublieuses des remugles

Obscurs

Elles me portent au-delà

Du vent.

Les pierres roulent porteuses

Du souvenir.

Écho des longues plaintes

De la rose.

 

 

Le 27 avril 2009.

24.04.2009

Haïku avec contraintes.

HAÏKU AVEC CONTRAINTES.

 

 

 

Les haïkus ci-dessous ont été écrits avec la contrainte suivante :

 

Je choisis deux mots de sens antithétique pour débuter et clôturer mon texte. Ensuite il me faut remplir le vide pour obtenir un haïku classique de dix sept syllabes réparties en trois vers de 5 – 7 – 5 syllabes.

 

 

Large le geste

Avenant le sourire

L’esprit lui étroit.

 

Couvert de médailles

Se pavane sur les Champs –

Où les mettre nu ?

 

Humides les yeux

Devant son petit chien-chien

Devant la faim, secs.

 

Haut le cerisier

Dans le ciel clair de lune –

Elle enlève ses bas.

 

Gros le baobab

Dans la savane brûlée

Récolte maigre.

 

Avenue des cons

J’ai acheté un appart’

Clown sur la piste.

 

Château de la Belle

Clôture électrifiée

Bien seul dans ma hutte.

 

Richesse affichée

Cache sexe du vide astral

Palpable misère.

 

Richesse affichée

Cache sexe du vide astral

Cœur plein de misère.

 

Pluie de roses pétales

Oiseaux rieurs s’y baignent –

Odeur de soleil.

 

Eté suffocant

Nu sur le carrelage

Recherche d’hiver.

 

Eté suffocant

Nu sur le carrelage

Songe bleu d’hiver

 

Matin gris de pluie

L’ascenseur en panne rit

Vivement ce soir.

 

Matin gris de pluie

Plus de café, grolles percées

Vivement ce soir.

 

Matin plein de vie

Un jour plein d’espérance

Près de toi ce soir.

 

Le 24 avril 2009.

23.04.2009

Le lotus blanc.

LE LOTUS BLANC.

 

 

 

 

Le Lotus blanc des abysses

Illumine la grotte sacrée.

Le veilleur de pierre somnole

Il n’y a plus de Grand visiteur.

Les paroles refoulées se cachent,

Patientes elles bercent l’éternité.

 

Là-haut sans bruit l’Éclat de nuit,

Mirage invisible, reflète séduisant

Les trésors de l’oasis du septentrion.

Faux diamant il guide les transparents

Vers le carré de l’hypothèse nulle.

 

Les singes aux yeux brûlés espèrent.

La source est proche, ils le savent !

Bientôt ils pourront s’abreuver à satiété.

La bouche pleine de douce latérite

Les fantômes escortent les aveugles.

 

Du midi monte la longue clameur

Acidulée des porteurs de sable

Où est l’eau, où est l’eau ?

L’asphalte étonné de ces baigneurs

Regarde distrait les semelles élimées.

 

Les sourciers sourcilleux guettent

Nos nappes phréatiques baissent.

Voyez vos sorciers pour nous aider.

Ils ont perdus la tradition ! Alors

Il va falloir retourner à vos sources.

 

Le Lotus noir des sommets

Enténèbre la grotte sacrée.

Le veilleur de neige a fondu

Il n’y a plus que le Grand vent.

Les paroles défoulées roulent,

Impavides elles écrasent les verbes.

 

 

Le 22 avril 2009.

22.04.2009

Partage.

Toujours dans la séries des "Improbables (ou impossibles) dialogues"

PARTAGE.

 

Lui (Faisant le baisemain) : Bonsoir ma chère. Ce n’est pas possible, c’est incroyable, c’est terrible.

Elle (Épouvantée) : Bonsoir Amour. Qui y a-t-il Amour, votre portefeuille d’actions ne vaut plus rien ?

Lui : Non, non ma chère j’avais pris mes précautions.

Elle (Fébrile) : Amour vous avez déposé le bilan de la société ?

Lui : Mais non ma chère, tout va bien, le marché de l’art n’a jamais atteint un tel niveau.

Elle (Illuminée): Amour c’est affreux vous avez un cancer !

Lui : Du calme, du calme ma chère j’ai fait un check-up la semaine dernière j’ai une santé de fer.

Elle (Exaltée): Excusez moi Amour mais avec tout ce qu’ils racontent à la télé je ne vis plus, j’ai des migraines épouvantables. Le krach boursier, la baisse du prix du pétrole, la hausse du dollar, notre patrimoine immobilier qui ne vaut plus rien, enfin presque, les chinois qui vont nous envahir, c’est épouvantable.

Lui : Calmez vous, calmez vous ma chère.

Elle (Perdue) : Mais alors Amour qu’est ce qui est terrible ?

Lui : La misère, toute cette misère ma chère.

Elle (Rassurée) : Oui d’accord Amour mais vous savez il y a toujours eu de la misère.

Lui : Aujourd’hui ma chère je suis rentré à pieds du bureau. Cela faisait quinze, vingt ans que cela ne m’étais pas arrivé.

Elle (Surprise) : Quelle idée bizarre Amour.

Lui : C’est exact je ne sais pas ma chère ce qui m’a pris. J’ai ressenti comme un appel ! J’ai dis à Georges «Rentrez sans moi je vais à pieds".

Elle : Amour vous êtes sûr que tout va bien ?

Lui : Oui, oui ne vous inquiétez pas ma chère. La santé physique est très bonne et la santé psychique aussi.

Elle : Alors Amour ?

Lui : Eh bien imaginez vous ma chère que je me suis rappelé le chemin pour rentrer avenue Foch !

Elle : Amour vous êtes formidable !

Lui : Je vous en prie ma chère ce n’est juste qu’une question de mémoire.

Elle : Quand même Amour. Alors ?

Lui (Volubile) : Alors ? Alors ma chère j’ai emprunté l’avenue Victor Hugo puis l’avenue Raymond Poincaré. Soudain, comme le Bouddha quittant son palais pour la première fois, j’ai eu une révélation. Sur le trottoir juste à coté de moi, oui ma chère juste à coté de moi un homme en guenilles allongé sur des vieux cartons à même le sol. Stupéfait je me suis arrêtais. "Que faites vous là mon brave ?"Lui ai-je demandé.

Elle : Il vous a répondu Amour ?

Lui : Oui ma chère, un peu grossièrement mais en français. Je vous prie de m’excusez du vocabulaire voici sa réponse "Connard, tu ne vois pas que je suis un SDF, est ce que tu sais au moins ce que sais qu’un SDF couillon, je n’en suis pas sûr ! Sans Do mi ci le Fixe"

Elle : Quel grossier personnage Amour !

Lui : Que voulez vous ma chère c’est le peuple. Décontenancé je lui est dit "C’est la première fois que je suis confronté à cette situation". Sa réponse fut immédiate "Tu ne dois pas sortir souvent mon gars des types comme moi qui dorment dans la rue il y en a des milliers dans les rues de Paris".

Elle : C’est vrai Amour ?

Lui : Hélas oui ? Je le savais par la télé, de là à imaginer cela chez nous dans la 16ème, c’est incroyable. D’ailleurs en poursuivant mon chemin ma chère j’en ai croisé cinq ou six. Il y en a même avenue Foch.

Elle (Terrifiée) : C’est épouvantable Amour ! Il y a toujours eu des réfractaires au travail.

Lui : Oui ma chère c’est épouvantable au point que la vue de tous ces hommes a provoqué en moi, comme le Bouddha, une illumination.

Elle (Ébahie) : Une illumination Amour ? Comme Saint Paul plutôt, Bouddha ce n’est pas chrétien.

Lui (Les bras en croix) : Oui ma chère en lettres de feu j’ai vu écris PARTAGE.

Elle (Incrédule) : Vous en êtes bien sur Amour.

Lui : Sûr et certain ma chère.

Elle (Complètement déboussolée): Partage, partage. Je ne comprends pas Amour.

Lui : C’est pourtant simple ma chère, nous sommes riches il faut que nous partagions avec tous les miséreux de tous les pays. Nous allons vendre tous nos immeubles et avec cet argent nous ferons construire des centres d’accueil, ce n’est pas possible ma chère de rester passif devant une situation aussi dramatique.

Elle (Assommée) : De tout les pays, même en Afrique ?.....Vendre nos immeubles Amour en pleine crise de l’immobilier, est ce bien raisonnable ? …Pas le château quand même ?

Lui (Mystique) : Ma chère je suis déterminé, nous allons vendre tous nos immeubles et le château bien sûr et si ce n’est pas suffisant nous vendrons nos forêts.

Elle (Pétrifiée) : Les forêts de vos ancêtres Amour ?

Lui (Dur et déterminé) : Oui ma chère. Assez parlé il faut agir, j’appelle immédiatement notre notaire.

Elle (En pleurs) : Amour, Amour il y a peut être une autre solution.

Lui : Laquelle ma chère ?

Elle (Toujours en pleurs et au bord de l’évanouissement) : Je ne sais pas moi, voyons que faire pour eux………………..Par exemple leur donner des vêtements chauds nous en avons plein les placards……………….. Et puis….et puis financer une bonne soupe chaude, bien épaisse que l’église distribuera……….. Et puis un billet de cinquante euros à tous ceux qui viendront à la messe……………Et puis donner plus à Caritas International………..Et, et……………aux Chevaliers de malte,…..ont pourrait même donner à l’Abbé Pierre le révolutionnaire, au Secours Catholique ce repaire de gauchiste et, et…….. soyons totalement déraisonnables au Secours Populaire aussi.

Lui (Extatique) : Cessez ma chère ma décision est prise Dieu m’a élu je doit accomplir ma mission, rien ne m’arrêtera.

Elle (S’évanouie) :

Lui (Sonnant) : Georgette, Georgette venez vite Madame à besoin de vous.

Elle (Reprenant conscience) : Amour, Amour dites moi j’ai fais un mauvais rêve. Rassurez moi je vous en supplie Amour.

Lui (En lévitation) : Non ma chère vous n’avez pas rêvé je vais de ce pas téléphoner à notre notaire afin que nous mettions en vente immeubles, château et forêts si nécessaire. Je ne vend pas vos bien n’ayez crainte ma chère, uniquement les miens.

Elle : Monsieur je n’ai rien moi.

Lui : Qui puis je Madame il ne fallait pas épouser un riche. Georgette occupez vous de Madame.

Elle (Évanouie) :

Lui (S’éloignant transporté) : Georgette faites quelque chose, aidez Madame, donnez lui un alcool pour l’a ranimer, j’ai à faire, ma mission ne peut pas attendre.

 

Le 12 décembre 2008.

.

 

 

21.04.2009

Mes ancêtres. Version 2.

MES ANCÊTRES.

 

 

 

 

De tous mes ancêtres en moi j’ai la trace,

Leurs gènes de feu et de glace

Participent à ma déroutante complexité

Elle fait de moi l’originale singularité.

 

Gènes de fou ou gènes de sage

Qu’importe seul compte l’usage

Fou de vivre quelque soit l’âge,

Sage de refuser la confortable cage.

 

Sentir en soi l’illisible multiplication

Peut provoquer la perverse inaction.

Y voir la richesse de la profusion

Est source de myriades d’émotions.

 

Devant la multiplicité des chemins tracés

Par mes ancêtres, aimés passeurs insensés,

Comment oserais je proclamer mon unicité

Face à tous mes moi indifférents à ma cécité.

 

Dans l’instant je passe sans vergogne

De doux à autoritaire, de voyant à borgne

Puis aveugle je supplie le monde entier

De me rendre la lumière sur le sentier.

 

Illuminé je prêche sur les ruines des palais

De vivre dans l’ascèse des êtres parfaits.

Exalté je proclame à tous les inhibés

Faites la fête bande de rats complexés.

 

Mon char est tiré par trop de chevaux

Mes mains ne maîtrise pas l’écheveau

Des rênes qui guident mon fébrile cerveau.

Pourtant, vaniteux, je me crois flambeau.

 

Je viens juste de revêtir le costume d’un moi

Je cherche la posture, j’éclairci ma voix

Que déjà un autre le remplace sans s’annoncer.

Mon être n’est qu’un kaléidoscope rapiécé.

 

Parfois épuisé, las de tant de famines

Muet je rêve de l’androgyne origine,

Retrouvé au plus profond le moi du cri

Rebâtir avec seules les pierres équarries.

 

Devant les fresques inachevées de mes folies

Chaque jour dans la crainte de l’hallali

Je reprends mes pinceaux agnostiques

Pauvres tentatives d’harmonie holistique.

 

Mes moi combattants, frères en ma terre,

S’entretuent comme de vulgaires mercenaires

Comment ai-je pu espérer les rendre solidaires

Pire encore imaginer une lignée unitaire.

 

Ô mes ancêtres je ne dois pas oublier, je sais !

Alors pourquoi chaque jour vous m’assaillez

Votre horde de moi sauvage ravage mes portraits,

Que dois je faire pour enfin connaître la paix ?

 

Un ciron n’a jamais dévoilé dans sa nudité

L’infini beauté du ciel étoilé

Il doit admettre la cruelle vérité

De l’impossible merveilleuse unité.

 

Pauvre ciron tu t’imaginais brasier

D’un athanor où la fusion déifiée.

Tu n’es que flammèche vite oubliée

Pourquoi as-tu osé te défier ?

 

 

Le 21 avril 2009.

Place des menteux.

PLACE DES MENTEUX.

 

 

 

 

Ce matin sur TV Flots Bleus

Reportage place des Menteux.

Attentifs, calmes et silencieux

Les poissons sont heureux.

 

Malgré la forte chaleur

Les gestes des pêcheurs

Sont d’une telle ampleur

Qu’ils épatent les plus rêveurs.

 

Devant la télé bouches en coeur

Même les bars les plus hâbleurs,

Eux d’habitude si querelleurs,

Ne se sentent pas à la hauteur.

 

Les poissons se disent en déjeunant :

Mais où habitent donc ces géants ?

Peut être au fond de l’océan

Loin dans les abysses, le néant.

 

À Luc sur Mer c’est impensable !

Nos pêcheurs, il est fort probable,

Racontent des exploits contestables,

Où alors dans des îles au diable.

 

À Courseulles lorsque l’on va

Chez Isabelle reine du Stenaca

Devant les turbos bodybuildés

Les soles hyper vitaminées

 

Les raies aux ailes large du ciel

Les bars sauvages providentiels

On se dit place des Menteux

Sont plutôt modestes les baveux.

 

 

Le 20 avril 2009.

20.04.2009

Mes ancêtres.

MES ANCÊTRES.

 

 

 

 

De tous mes ancêtres en moi j’ai la trace,

Leurs gènes de feu et de glace

Participent à ma déroutante complexité

Elle fait de moi l’originale singularité.

 

Sentir en soi l’illisible multiplication

Peut provoquer la perverse inaction.

Y voir la richesse de la profusion

Est source de myriades d’éruptions.

 

Gènes de fou ou gènes de sage

Qu’importe seul compte l’usage

Fou de vivre quelque soit l’âge,

Sage de refuser la confortable cage.

 

Devant la multiplicité des chemins tracés

Par mes ancêtres, aimés passeurs insensés,

Comment oserais je proclamer mon unicité

Face à tous mes moi indifférents à ma cécité.

 

Dans l’instant je passe sans vergogne

De doux à autoritaire, de voyant à borgne

Puis aveugle je supplie le monde entier

De me rendre la lumière sur le sentier.

 

Illuminé je prêche sur les ruines des palais

De vivre dans l’ascèse des êtres parfaits.

Exalté je proclame à tous les inhibés

Faites la fête bande de rats complexés.

 

Mon char est tiré par trop de chevaux

Mes mains ne maîtrise pas l’écheveau

Des rênes qui guident mon fébrile cerveau.

Pourtant, vaniteux, je me crois flambeau.

 

Je viens juste de revêtir le costume d’un moi

Je cherche la posture, j’éclairci ma voix

Que déjà un autre le remplace sans s’annoncer.

Mon être n’est qu’un kaléidoscope rapiécé.

 

Parfois épuisé, las de tant de famines

Muet je rêve de l’androgyne origine,

Retrouvé au plus profond le moi du cri

Rebâtir avec seules les pierres équarries.

 

Devant les fresques inachevées de mes folies

Chaque jour dans la crainte de l’hallali

Je reprends mes pinceaux agnostiques

Pauvres tentatives d’harmonie holistique.

 

Ô mes ancêtres je ne dois pas oublier, je sais !

Alors pourquoi chaque jour vous m’assaillez

Votre horde de moi sauvage ravage mes portraits,

Que dois je faire pour enfin connaître la paix ?

 

 

Le 20 avril 2009.

19.04.2009

Sur les marches.

Toujours dans le cadre de la série "Impropables (ou impossibles) dialogues"

 

SUR LES MARCHES.

 

Lui (Pas à l’aise) : Salut les gars comment ça va ?

L’autre : Salut, tu veux une bière ? C’est vrai tu ne bois pas d’alcool, tiens prend de la flotte.

Lui (Toujours pas à l’aise): Merci, merci.

L’autre : T’es v’nu tout seul ?

Lui : Oui bien sur. (Pourvu que les autres cons ne soient pas trop loin).

L’autre : Assied toi sur les marches.

Lui : Oui, oui.

L’autre : Elles sont propres, vas y.

Lui (En s’asseyant): Bien sur, bien sûr.

L’autre : T’as pas l’air détendu, tiens commence, le "tarpé" est tout neuf. Craint rien c’est de la bonne, pas de vomito.

Lui (Pas rassuré par ses souvenirs d’étudiant) : Super c’est meilleur que le cigare !

L’autre : Sur, sauf que j’ai jamais fumé de cigare. Garde bien la fumée.

Lui (Ragaillardi) : J’suis pas un bleu. T’inquiète pas je te ferais passer des cigares et des bons

L’autre : Ouais, ouais, fait tourner.

Lui (Légèrement euphorique) : OK ! Les mecs j’voulais vous dire, j’suis comme vous, un type normal avec ses joies et ses problèmes.

L’autre : Ouais, ouais, sauf que toi t’es bourré de fric.

Lui : (Qu’est ce que c’est que cette vibration ? Le pétard qui fait effet ? Non merde c’est le boîtier, il faut que je réponde, une pression tout va bien)

L’autre : T’es d’jà parti ?

Lui : Non, non, je réfléchissais. C’est vrai j’ai des avantages liés à ma fonction, mais je ne fais pas parti des hommes les plus riches du monde. J’ai un train de vie qui n’a rien d’exceptionnel.

L’autre : Ouais, ouais viens je vais te faire visiter mon palais au sixième "l’Élysion", puis ma résidence secondaire au sous sol "La Cave Nègre". Dit donc tu as l’air de prendre goût au tarpé !

Lui (Euphorique): C’est parti on y va les mecs.

L’autre : L’ascenseur est en panne depuis trois semaines.

Lui : Pas grave je suis sportif les gars. (Encore ce putain de boîtier font chier, une pression tout va bien)

L’autre : Salut Mam. Reste pas plantée là, l’hospitalité traditionnelle qu’en fais tu ? Mais non c’est pas un sosie, regarde crois tu que quelqu’un peut imiter aussi bien ses tics ?

Lui : Détendez vous Madame nous sommes entre concitoyens, en toute simplicité.

L’autre : Ma mère parle très mal le français et sa naturalisation vient d’être refusé pour la quatrième fois. C’est pas grave mon père travaille chez Renault depuis trente cinq ans, c’est comme si on été français.

Lui : Oui, oui il va falloir m’adresser un dossier en trois exemplaires je vais régler cela rapidement, il faut que je m’occupe de tout. Vous savez ce n’est pas facile tous les jours pour moi avec ces ministres incompétents et ramollos je dois gérer l’ensemble des problèmes de la France.

L’autre : Ouais, ouais, mon pauvre !

Lui (Très euphorique, avec les gestes): Bientôt tout votre quartier sera rasé, à la place je vais vous faire construire des pavillons avec un jardinet et deux parkings. Des crèches et des parcs pour les petits, des stades et des salles d’activités pour les ados. Une station de RER à proximité, des bus pour toutes les directions. Tout le monde aura du travail bien payé. Vous allez vivre heureux sans souci, la société arc-en-ciel c’est moi qui en serait le père et vous serez tous mes enfants.

L’autre : Ouais, ouais faudrait pt’être arrêter la fumette, Mister Président.

Lui : J’t’en prie je suis parfaitement lucide. Ce thé est extraordinaire et ta mère est une forte agréable personne. J’ai vraiment le sentiment d’être à la maison. (Ils ne me lâchent pas, une pression tout va bien).

L’autre : T’exagère pt’être un peu. Pourquoi tu fais pas tout c’que tu racontes ?

Lui : Pourquoi ? Parce que je suis entravé par cette putain de démocratie. C’est beau la démocratie sur le papier mais dans la réalité elle freine tout. Y’en a toujours un qu’est pas d’accord, un autre qui a un projet différent et celui là qui dépose un recours au Conseil d’État pour violation de la Constitution. Imagine je suis Roi de France, encore mieux Empereur de l’Europe, à ce moment là il n’y aurait plus de problème. Je décide seul, j’applique seul, je contrôle le projet seul et tout fonctionne bien.

L’autre : Ouais, ouais, en attendant on est dans la merde.

Lui (consultant sa montre) : Fait moi confiance ça va changer !

L’autre : T’es pressé ?

Lui : Non mais si je rentre trop tard je vais avoir des ennuis avec la patronne. (Rire). Ce soir nous avons un dîner à la maison.

L’autre : OK ! Tu rentres ?

Lui : Oui, il faut bien que je retourne au turbin.

L’autre : Donc on te reverra jamais.

Lui : Tu rigoles toutes les semaines je viens vous voir. Vous allez en avoir marre. (Rire).

L’autre : Ouais. En avant pour le jogging.

Lui : C’est parti.

L’autre (À l’extérieur sur les marches): Salut Mister Président.

Lui : Salut les mecs à bientôt (Encore ce putain de boîtier, deux pression tout…….merde je me suis trompé c’est l’alerte).

L’autre : T’as l’air bien pressé d’un seul coup ?

Lui (Partant en courant): Oui désolé, Carla m’attends (Rire).

L’autre : Quel con !

 

- Et maintenant le journal présenté par David Pujadas.

- Dans l’actualité ce soir : affrontement entre la police et des bandes de jeunes dans une cité à Clichy-sous-Bois. Deux compagnies de CRS étaient en stationnement à proximité depuis midi, ainsi que cinquante policiers en civil dans des minibus banalisés. Calme complet de part et d’autre jusqu’à ce que les forces de l’ordre se précipitent dans la cité sans raison apparente. Rien, à cette heure, n’explique cette brusque flambée de violence.

 

Le 12 novembre 2008.

 

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