28.10.2009
Stock-options.
Toujours dans la série de mes "Improbables dialogues".
STOCK-OPTIONS
Lui (Très aimable) : Bonjour Monsieur Baulthi, je vous en prie prenez place.
L’autre : Merci, bonjour Monsieur Lièreseil.
Lui (Flatteur) : Je vous remercie d’avoir accepter mon invitation à cette réunion informelle, non prévue au planning. C’est un plaisir de vous recevoir aujourd’hui.
L’autre (Surpris): Je vous en prie. Je suis seul ?
Lui (Suave) : Oui, si vous n’y voyez pas d’inconvénient évidemment ? J’ai besoin de votre conseil de syndicaliste expérimenté, concernant un projet qui me tient à cœur.
L’autre (De plus en plus surpris) : Bien, je vous écoute alors.
Lui (Baissant la voix) : Contrairement à tout ce qui se raconte notre groupe gagne de l’argent, beaucoup d’argent. Les excédents, par un montage fiscal très complexe, convergent vers la holding, de la holding, de la holding. Ils sont bien sûr situés dans trois pays différents.
L’autre (Abasourdit) : Ouais, ouais.
Lui (Enjoué) : Tout ceci est anecdotique, sans intérêt mais permettra d’éclairer ce qui va suivre.
L’autre : Ouais, ouais.
Lui (Baissant à nouveau la voix) : En accord avec les membres de ma famille qui sont toujours actionnaires, nous avons décidé, pour l’année 2008, de ne pas externaliser les excédents mais de procéder à une distribution de stock-options.
L’autre (Désorienté, puis s’énervant) : Ouais, bien. C’est gentil de m’expliquer vos problèmes, mais je pense que vous êtes plus expert que moi dans la mise en place d’une usine à gaz fiscal. Et pour ne rien vous cacher j’en ai rien à foutre de vos stock-options. De plus sachant que cet argent est celui que vous avez volé aux travailleurs, je suis indigné que vous m’ayez convoqué pour me raconter vos histoires de fric.
Lui (Conciliant) : Ne vous énervé pas Monsieur Baulthi, laissez moi finir…
L’autre (Se levant) : Ne vous énervez pas Monsieur Baulthi, elle est bonne celle là. Monsieur Lièreseil souhaite l’avis du syndicaliste expérimenté pour savoir comment résoudre ses problèmes de superbénéfices et ensuite il s’étonne de ma réaction.
Lui (Doucement) : Laissez moi finir, je ne vous ai pas encore exposé mon projet. Vous allez voir, contrairement à ce que vous pensez, il va beaucoup vous intéresser.
L’autre (Se rasseyant) : Bon, bon je vous écoute.
Lui (Réjoui d’avance) : Je disais donc en 2008 nous n’allons pas externaliser les excédents mais procéder à une distribution de stock-options. Attention écoutez bien : réservé à tous les salariés sauf les cadres dirigeants et les actionnaires.
L’autre (Troublé) : Ai-je bien compris, vous allez distribuer des actions au personnel ?
Lui (Fier) : C’est exactement cela !
L’autre (Narquois) : Ouais, ouais, comme la prime que vous avez versé début 2008 pour les bénéfices 2007. Entre quarante cinq et quatre vingt quatre euros par personne suivant la qualification.
Lui (Pédagogue) : Pas du tout. Sachant que les années précédentes la holding de tête à distribuer entre trois et quatre milliards d’euros aux soixante quatre actionnaires, si nous nous basons sur le l’hypothèse basse cela fera environ trois cents soixante mille euros pour chacun des huit mille deux cents soixante dix employés de notre groupe "Whisky Placement".
L’autre (Éberlué) : Tous ces chiffres me tournent la tête, pouvez vous me répéter la somme que toucherai chaque personne.
Lui (Souriant) : Environ trois cents soixante mille euros.
L’autre (Sortant sa calculette): Cela ferai…cela ferai…vingt quatre ans de salaire pour une personne qui gagne quinze mille euros par an ???
Lui (Souverain) : Je ne saurais vous dire, je ne fait jamais ce genre de calcul.
L’autre (Assommé) : C’est une mauvaise blague Monsieur Lièreseil, votre humour est bien connu mais là je pense que vous dépassez les bornes. Je comprends mieux que vous n’ayez pas souhaité la présence de mes collègues.
Lui (Soudainement inquiet) : Non, non Monsieur Baulthi, tout ceci est très sérieux. Si j’ai souhaitais m’entretenir en tête à tête avec vous, le Président de la T.G.C.* c’est pour connaître votre sentiment sur notre idée et les conséquences qui pourraient découler de sa mise en application.
L’autre : Les conséquences ?
Lui : Oui, imaginons que les gens se mettent en grève ou en colère et cassent tout le matériel.
L’autre (Dubitatif) : En grève…pourquoi ?
Lui : Je ne sais pas pour réclamer une indemnité rétroactive par exemple.
L’autre (Souriant) : C’est bien des idées de capitaliste, ne vous inquiétez pas Monsieur Lièreseil je gèrerai. Et pour le matériel vous savez bien que nous protégeons toujours l’outil de travail.
Lui (Détendu) : Bon me voici rassuré demain je convoque un C.E. groupe pour la semaine prochaine. J’ai votre parole Monsieur Baulthi, vous tiendrez vos troupes ?
L’autre (Rigolard) : Pas d’inquiétude Monsieur Lièreseil, annoncez et distribuez les stock-options je m’occupe du reste.
Lui : Merci, merci.
L’autre (Abattu) : Je cherchais le piège le voilà ! Je suppose que je dois aussi annoncer que votre offre n’est valable que pour 2008 ?
Lui : Pas du tout à l’unanimité des actionnaires nous avons décidé qu’il en serait ainsi tous les ans.
*Très Grande Centrale.
Le 29 décembre 2008.
11:13 Publié dans littérature, poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, poème




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