01.11.2009
Racisme ordinaire.
RACISME ORDINAIRE.
Il y a quelques mois j’ai embauché un congolais. Il est noir, vraiment noir.
Lors du recrutement sa candidature fut retenue avec celle de deux autres personnes car sa formation et son expérience correspondaient exactement au profil que nous avions défini.
Après qu’il eu passé les tests et rencontré notre DRH je le reçu pour un dernier entretien. En dehors des critères professionnels sa personnalité et sa couleur de peau étaient pour moi des atouts supplémentaires.
Dans notre charte d’éthique d’entreprise il est inscrit comme positive attitude, entre autre, que chaque salarié doit avoir une vision totalement humaine dans ses relations avec les autres et que notre politique d’embauche exclus toutes les discriminations sexiste, raciale ou religieuse.
Notre personnel inclus donc des arabes, des juifs, des asiatiques. Nous employons même un indien d’Inde au service informatique, mais pas de noir. Monsieur M’Backi nous offrait, en plus de sa compétence, la possibilité de remédier à ce manque dans notre effectif.
Je donnais donc mon accord pour son embauche en CDI.
En janvier réunion semestrielle avec les représentants du personnel. Nous parlons de la crise et de ses conséquences pour la société. Le DRH et moi rassurons tout le monde en présentant notre carnet de commandes rempli pour un an. Il est vrai que certains clients ont diminué leurs quantités d’achat par contre nos commerciaux sont très offensifs et ainsi trouvent de nouveaux clients avec ardeur. De plus nos produits sont très performants et nous avons deux à trois ans d’avance en innovation sur nos concurrents. Nous allons sûrement être obligé d’embaucher.
Le point sur notre situation économique étant épuisé nous passons au volet social. La charte éthique est bien connue de tous et aux dires des deux parties elle est globalement respectée. Le montant de la participation pour l’année écoulée est en hausse. Nouvelle qui réjouit les représentants du personnel. Notre offre d’augmentation annuelle de six pour cent est votée sans grand débat.
Puis l’ordre du jour appelle les questions diverses. Quelques interrogations sans grande importance, par contre je vois nos interlocuteurs s’agiter sur leur chaise. Je sais que cette attitude, comme à l’accoutumée, précède une question délicate.
- Voilà Messieurs ……nous voudrions vous parler de Monsieur M’Backi….
- -Nous vous écoutons.
- Il y a un problème ………avec ses collègues
- C'est-à-dire ?
- Il sent fort…..
- Et alors à chacun son odeur. Pour les noirs nous sentons la mort. Pensez vous que ce soit agréable pour eux ?
- Oui, oui d’accord….mais bon… les gars se plaignent à nous sans arrêt.
- À part le fait qu’il soit noir il n’est pas différent de nous. Il est arrivé en France à l’âge de trois ans, famille chrétienne, éducation stricte. Il ne boit pas, le problème est peut être là ?
- Non, non……
- Alors quoi ?
- Ben…..ils ont du mal….
- À quoi ?
- A l’accepter comme chef d’équipe.
- Quelles raisons invoquent ils ?
- Son équipe…..n’accepte pas d’être commandée par un noir, voilà !
- C’est impensable et en contradiction totale avec notre éthique
- Nous le savons Monsieur mais…..mais l’ambiance est devenue invivable et le mal gagne les équipes voisines. Ce qui va aussi à l’encontre de notre éthique d’harmonie et de consensus.
- Ah ! Oui c’est embêtant…..bien embêtant.
- Personnellement nous n’avons rien contre lui, mais aujourd’hui avec la crise et tout, ça l’fait pas. Il vaudrait mieux que l’ambiance soit bonne, qu’en pensez vous ?
- Bien sûr, bien sûr……….Monsieur le DRH êtes vous au courant de cette affaire ?
- Oui évidement, j’essaie de calmer les esprits afin de faire respecter notre charte mais j’avoue mon impuissance
- La personnalité de Monsieur M’Backi est elle en cause ?
- Non, ni sa compétence. Simplement il serait balayeur il n’y aurait pas de problème. Comme chef d’équipe il est rejeté
- Donc sur sa simple couleur de peau ?
- Oui Monsieur c’est navrant mais je ne vois pas comment faire évoluer la mentalité des membres de son équipe. En attendant l’ambiance est plombée et la productivité baisse. Je suis bien en peine pour ramener la sérénité.
- Que nous conseillez vous ?
- Monsieur je pense que le mieux ne serait pas de licencier Monsieur M’Backi, ce qui serait contraire à notre éthique d’entreprise, mais ……..mais de lui conseiller de chercher un autre emploi. Bien sur nous lui laisserions le temps nécessaire.
- Well, well situation délicate mais l’harmonie de la société est en jeu. Convoquez Monsieur M’Backi à mon bureau demain matin.
- Monsieur M’Backi bonjour prenez place s’il vous plait. Je suis extrêmement embêté……..vous savez que nous vivons une crise très dure, notre chiffre d’affaires baisse alors il nous faut serrer les boulons, réduire nos coûts. Comme vous êtes parmi les derniers embauchés nous allons devoir nous passer de vos services. Attention nous ne vous licencions pas sèchement car tout le monde est satisfait de vous et ce serait contraire à notre éthique. Cherchez un travail tranquillement. Bien sur pas pendant un an (rire forcé).
- Monsieur je ne suis pas surpris j’ai déjà vécu plusieurs fois cette situation. Tout le monde est content de moi, mais l’on fini toujours par me virer. Je n’ai pas les moyens de Michael Jackson pour me faire blanchir la peau, alors…….Ne vous inquiétez pas j’ai vu le complot se développer j’ai donc pris les devants. Je dois signer prochainement un CDI pour un poste de directeur dans une société au Congo. Ne vous inquiétez pas je ne resterai pas un an, ne vous inquiétez pas.
Monsieur M’Backi pleure en silence.
- Ne vous inquiétez pas ce n’est pas grave j’ai l’habitude. Ne vous inquiétez pas. Au revoir Monsieur.
- Au revoir Monsieur M’Backi, bonne chance.
Le 03 avril 2009.
10:27 Publié dans littérature, poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poésie, politique, sarkozy.




Commentaires
Je me disais bien que j'avais déjà lu cette histoire sur ce blog... mais elle est toujours aussi efficace (un brin de pathos à la fin). Très révélatrice de ce qui peut se passer dans un certain nombre d'entreprises, où l'éthique sert de cache-sexe à un racisme ordinaire toujours bien présent...
Amitiés
Hugo
Ecrit par : BILLARD Hugo | 02.11.2009
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