09.11.2009

Sur le banc.

Toujours dans la série de mes "Improbables dialogues.

SUR LE BANC.

 

Parc Monceau, juin, quinze heures, le soleil brille. Lui est assis sur un banc L’autre s’assied à ses cotés.

 

L’autre : Bonjour Monsieur, comment allez-vous ?

Lui (Surpris et inquiet) : Bonjour.

L’autre : Belle journée.

Lui (Toujours surpris et inquiet) : Oui.

L’autre : Surtout dans cet admirable parc. J’y viens régulièrement j’aime sa tranquillité au milieu de la folie parisienne.

Lui : (Où veut il en venir ?) Absolument d’accord.

L’autre : Quelle chance ont les habitants des immeubles et des hôtels particuliers qui le bordent.

Lui : Bien sûr.

L’autre : Vivre à proximité restera toujours un rêve hors de mes moyens. Je n’en suis d’ailleurs nullement attristé, les problèmes d’argent sont secondaires. Ma vie coule paisible.

Lui : (Nous y voilà) Désolé je n’ai pas mon portefeuille sur moi.

L’autre : Voulez vous que je vous offre un café ?

Lui : (Il est fou ce noiraud à costume) Non merci.

L’autre : Ce serait avec plaisir vous me semblez un homme d’agréable compagnie.

Lui : (C’est le monde à l’envers) Merci.

L’autre : Que faites vous dans la vie ?

Lui : (De quoi il se mêle) Je suis juge.

L’autre : Quel type de juge ?

Lui : (Je rêve il est en train de m’interroger) Juge d’application des peines.

L’autre : Dur métier.

Lui : Oui et vous quel est votre emploi ?

L’autre : Je suis professeur au Collège de France.

Lui : (Il se fout de moi) Oui bien sûr et quelle est votre spécialité ?

L’autre : La linguistique.

Lui : (Un comble) Ha oui ! Bien.

L’autre : Tenez voici ma carte demain à 15 heures je donne un cours, je serais honoré de votre présence. Sauf si le juge d’application des peines que je vois demain matin confirme mon expulsion.

Lui : (C’est bien ce que je pensais) On ne peut pas expulser un professeur du Collège de France, Monsieur !

L’autre : Sauf si l’on découvre qu’il est sans papier depuis 40 ans.

Lui : C’est impossible !

L’autre : Si ! Je suis venu étudier clandestinement en France et je n’ai jamais régularisé ma situation.

Lui : C’est impossible !

L’autre : J’ai dis au juge que j’étais sans profession. La loi est la même pour tous nous répète son digne représentant Monsieur Hortefeux et vous êtes bien placé pour le savoir. Alors de quoi voulez vous que je m’inquiète.

Lui : C’est impossible !

L’autre (En se levant) : À demain, sinon vous lirez la suite dans les journaux.

Lui (Incrédule): Au revoir Monsieur.

 

 

SUR LE BANC. (Bis).

 

Parc Monceau, juin, quinze heures, le soleil brille. Lui est assis sur un banc L’autre s’assied à ses cotés.

 

 

L’autre : Bonjour Messieu, ça va ?

Lui (Surpris et inquiet) : Salut.

L’autre : la soleil bon.

Lui (De plus en plus surpris et inquiet): Oui.

L’autre : Aime banc ici, bien.

Lui : (Il va me foutre la paix celui-là) Oui.

L’autre : Jardin beau, pas SDF.

Lui : (Je rêve) Oui. Vous, vous avez un travail ?

L’autre : Oui.

Lui : Alors qu’est ce que vous faites ici ?

L’autre : Poubelles matin. Quatre heures matin travail. Midi fini.

Lui : Pourquoi vous ne retournez pas dans votre quartier ?

L’autre (Attristé): (Tous même) Chambre petite. Pas jardin. Ici beau.

Lui : (Encore un sans papier) Vous avez des papiers ?

L’autre : Oui moi réfugié politique. Si rester pays moi mort. Voulez voir papiers ?

Lui : Non ; non. Je suis juge d’application des peines je passe mon temps à vérifier des papiers. Aujourd’hui je suis de repos.

L’autre : Comprend, comprend.

Lui : De quel pays venez vous ?

L’autre : Tchétchénie.

Lui : Il n’y a pas de danger là-bas, les Russes ont rétablis l’ordre.

L’autre : Pas vrai ;

Lui : Comment pas vrai ! Dans le "Figaro" il y avait un reportage qui disait que tout était redevenu normal.

L’autre : "Figaro" menteur.

Lui : (Pourquoi je perds mon temps à discuter avec cet analphabète ?) Vous ne savez pas lire comment pouvez vous comprendre la politique.

L’autre : Moi lire ma langue.

Lui (Surpris): Ah bon !

L’autre : Oui moi ingénieur-docteur. Parler pas français, parler tchétchène, russe et anglais. Un mois France. Tous soirs école apprendre vite français.

Lui : Ah bon !

L’autre : Oui.

Lui (Impressionné): Est-ce que je peux vous payer un café ?

L’autre : Merci, moi bois thé.

Lui : D’accord pour le thé

L’autre : Gentil, beaucoup gentil.

Lui (Surpris par la main tendue et son invitation. Se levant): (Quelle idée, trop tard maintenant pour reculer) Suivez moi le café est juste face à la sortie.