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  • Modeste.

     

    MODESTE.

     

     

    Parfois je plestaure, toujours brièvement car aussitôt les gens me regardent bizarrement. Je ne plestaure pas pour faire le malin ou le prétentieux, juste pour exister quelques secondes.

    Les gens confondent tout. C’est comme lorsque je magale je les entends ricaner derrière mon dos. Moqueurs mais pas courageux. Alors que magaler est un exercice sain de diction qui de plus agite les neurones dans un sens contradictoire et souvent interdit je le reconnais.

    Vous les verriez vibrionner comme des guêpes devant une lessiveuse de confiture de bananes lorsque je vaniche. Pourtant je vaniche au crépuscule toutes lumières éteintes. Et bien il y en a toujours une, oui une je ne sais pas pourquoi mais c’est toujours une femme qui vibrionne la première. Une sensibilité sexuelle plus développée, peut être ? Toujours est il que dans les minutes qui suivent le début de mon vanichage l’immeuble se met à vibrionner. Les habitants, les murs, le toit, tout vibrionne. À chaque fois je crains que ce phénomène de vibration papillon fasse écrouler le bâtiment. Pourtant un bel ouvrage du second Empire en pierres de taille et étages nobles.

    S’ils savaient toute cette bande de dinosaures le bien que cela fait de vanicher. Mes pores se dilatent toute ma boue interne s’évacue. Je me sens léger, léger après une vraie séance en rase campagne. Les gens sont lourds de toute cette boue qui leur étouffe le cerveau et les jointures.

     

    J’ai écris un livre, sans fausse modestie, que je qualifierais d’extraordinaire, il explique dans le détail tous les exercices que je pratique.

    Figurez vous qu’aucun éditeur n’en a voulu ! Trop révolutionnaire. Vous êtes en avance sur votre temps. Vous voulez faire exploser le Système. Revenez dans cent ans. Je n’ai pas envie d’être assassiné, etc.

    Je mourrai avec mes secrets puisque je n’ai ni enfants, ni parents, ni amis à qui les transmettre. La société va nannoter pendant des années, des siècles avant de re-découvrir ma méthode.

    Par exemple mon exercice préféré c’est lorsque je frashmire ou frachmire suivant les régions. Il faut frashmirer le matin avant le lever du soleil dans un parc bien boisé. Presque immédiatement un vent doux entre dans ma tête il nettoie le moindre recoin puis petit à petit il se renforce pour arriver à évacuer les moisissures, rognures et autres déjections. Au bout de deux à trois minutes le vent devient si puissant que ma tête se met à tourner comme une girouette. Il faut voir la mine des joggeurs matutinaux ! Doucement tout rentre dans l’ordre mon cerveau clair comme du cristal voit le bel avenir radieux. Hélas il est si loin, si loin que je me mets à pleurer abondamment.

     

     

  • Milan.

     

    MILAN.

    Sonographe.

     

    J’ai mille ans et je vole comme à mes vint ans.

    Oiseau immortel, prince des rapaces, je plane

    Indifférent au temps.

    Maître de l’espace je suis le milan royal.

     

    Je l’ai vue naître, prendre forme ma ville,

    Milan la religieuse. Sur mon nid de naissance

    Les hommes ont construit leur premier temple

    L’an mil est passé, la grande peur a disparu.

     

    L’archevêque Aribert da Intimiano la dirige.

    Il a imposé une organisation éternelle dit il.

    Je la survole et déjà point la mort et la cupidité.

    Des siècles de confusion et de haine sont en marche.

     

    Je sais que la terre est ronde, je connais l’avenir.

    L’ami Baramendena Keita empereur du Mali

    M’accueille sur son poing et me conte à l’oreille

    La véritable origine du monde et de nos ancêtres.

     

    En ce temps la nous étions tous noirs et lucides

    Le mil poussait en abondance, la faim n’était pas mot.

    Je n’ai pas connu ce temps béni où le mal

    Etait pierre et la vérité fleuve, je le regrette.

     

    Mon don d’ubiquité m’a révélé les secrets du monde

    J’aime au lever du soleil admirer l’autre grande mer

    Immobile j’admire la citadelle royale de Chancay

    Je longe la côte, au sud une grande plaine accueillante.

     

    J’y vois dans une brume prémonitoire la future Lima

    Irriguées de fleuves de boue et de sang, j’y vois

    Des malins venus de loin, verroterie et crucifix artifices

    Pour mieux exterminer les récalcitrants à l’ordre nouveau.

     

    L’an deux mil est passé, la grande peur est revenue

    Je connais l’avenir mais je me tais.

     

  • Mes menteurs.

     

    MES MENTEURS.

     

    Ce matin au réveil j’entends le vent d’hiver,

    Il ne chante pas il glisse. Patineur frigorifié

    Son souffle glacé roule de noirs nuages

    Que boit avidement un puits de lumière.

     

    Un bruissement persistant devient perceptible :

    "Tes menteurs sont morts, tes menteurs sont morts".

    Passé un bref instant de satisfaction je frémis.

    Je hurle : Janus ! Je sais qu’il n’y aura pas de réponse.

     

    Compagnons du premier jour, amis intimes.

    Qui maintenant trouvera les mots du réconfort ?

    La flamme vacille, le puits se ferme. Apeuré

    Le blanc cherche en vain le noir du damier.

     

    Je suis seul sur le chemin, nu intérieurement,

    Aveuglé par la lumière je trébuche à chaque pas.

    Homme de plaine j’ai voulu devenir montagnard,

    Ténèbres, refuge de mes souffrances, où êtes vous ?

     

    Une main amicale saisie fortement mon bras

    Me ramène lentement sur le chemin caillouteux

    L’ombre épaisse de l’homme apaise mes yeux

    Mon Frère calme toi je suis là, avance.

     

     

  • Mes déserts.

     

    RÊVE D’ENFANT.

     

    Mes déserts sont romanesques

    Ivresses livresques

    De fresques gigantesques.

    Rêves gargantuesques

    De nuits stellaires claires,

    D’aubes lunaires millénaires.

     

    Visions fantomatiques éphémères de

    Mystérieuses et évanescentes caravanes.

    Dromadaires hautains porteurs muets

    De lointains trésors secrets, embellis

    De brumes, dunes et tragédies.

     

    Approche souple d’oasis assoupies,

    Voiles volants entraperçus brièvement.

    Douleur d’impossible apaisement

    Des regards égarés des caravaniers,

    Hallucinés du féminin fantasmé.

     

    Hospitalité séculaire don des aïeux

    Dattes, eau fraîche et nattes dorées

    Les hommes bleus, radieux silencieux,

    Déposent lentement leurs présents précieux

    Ainsi le rite ancestral est honoré.

     

    Seigneurs des sables imperturbables,

    Au soleil naissant, ombres improbables,

    Sur la piste ils progressent infatigables

    La mélopée des ruisseaux s’efface,

    Temps de méditation et de silence.

     

    Le vent de sable estompe doucement

    Les porteurs de rêves incandescents,

    Ne pas perdre de temps en serment

    La Mystérieuse, la Sainte est encore loin

    Demain Ahmed, mon frère, sera au puits

     

     

    FÉBRILITÉ.

     

     

    Mes déserts sont d’appréhension.

    Rêve lumineux de nuit en feu.

    Situations en boucle non vécues.

    Visages, rêves perçus jamais vus.

     

    Laisse venir les retrouvailles !

     

    Sablier ralenti par l’impatience,

    Imagination trop fertile et fébrile,

    Le vécu n’apaise pas l’effervescence.

    Brûle tes grotesques épouvantails.

     

    Laisse venir les nouvelles épousailles

     

    Recherche attentive et inutile en

    Un grouillement grotesque de masques.

    Multitude des désirs, flux enchevêtrés

    Le temps séparera le subtil de l’épais

     

    Laisse venir le temps travaille.

     

    Chèches et djellabas, lente agitation

    Chacun se rallie à son étendard.

    Aspect, regards et sourires crispés,

    Soulagement ou désagrément ?

     

    Laisse venir le but qui vaille.

     

    Asphalte oublié, chaleur et poussière,

    La piste réveille les souvenirs.

    Le corps se réjouit doucement.

    Bivouac, feu et thé brûlant.

     

    Laisse venir loin est la grisaille.

     

     

    SÉRÉNITÉ.

     

     

    Ombres violettes, vertes et bleues

    Dunes rouges, oranges et ors.

    Pourquoi n’ai-je pas le pouvoir

    D’arrêter le soleil dans sa course ?

     

    Bivouac, orienter notre tente,

    Trouver l’éternel Orient.

    Là demain, doucement, incandescent,

    Râ grandira et nous le saluerons.

     

    Pieds allégés, position décontractée

    Thé bouillant ou carcadet frais ?

    Quelques biscuits distraitement mangés

    La Beauté nous accapare en entier.

     

    Il faut revenir au contingent,

    Nudité et lingettes bienfaisantes.

    Vite l’émerveillement n’attend pas,

    Vision de premier soir, silence.

     

    La nuit a doucement effacé le jour,

    La lune, fier miroir, estompe

    Les myriades d’antiques soleils.

    Rêves devant le Grand Mystère.

     

    Plénitude du jour nouveau,

    Vivre, vivre intensément

    La délicate renaissance

    De la sérénité première.

     

     

  • Mers.

     

    MERS

     

    Mer,

    Si proche, si mystérieuse,

    Entre lune et soleil.

    Superficielle écume,

    Insondable abysse.

    Flux et reflux d’un

    Univers imprévisible,

    Vitale présence.

     

    Mer,

    Qui connais tous

    Tes peuples ?

    Des géants pathétiques

    Aux minuscules éphémères,

    Reflets illusoires et

    Inconnus des bas-fonds.

    Énigmatique présence

     

    Mer,

    Puissante et patiente

    Tu broies les arrogants,

    Sable du temps.

    Tu pétrifies le vivant,

    Trésors fossiles.

    Humilité et mémoire.

    Muette présence.

     

    Mer,

    Lumineuses tempêtes

    Des marins néophytes.

    Ascendants typhons

    Des marins initiés.

    Inacceptables raz de marée

    Des marins esseulés.

    Secrète présence.

     

    Mer,

    Tu es porteuse

    De découverte d’îles,

    De rêves de bateaux blancs

    De rivages luxuriants

    De baies en paix

    Joyeux plaisir, au gré des vents.

    Apaisante présence

     

    Mer,

    De tristes naufrages

    Tu es cimetière.

    Vaisseaux fantômes

    Brisés sur de noirs rochers

    Lors de nuits sans lune

    Perdition en eaux glacées.

    Sombre présence.

     

     

  • Merci.

     

    MERCI.

     

    Merci à tous les pauvres, les isolés de nous accueillir chez eux.

    Merci de nous offrir ces moments où exister prend sens.

    Merci de rendre accessible nos inaccessibles.

    Merci d’entrouvrir vos portes pour que nous apercevions le chaud foyer.

    Merci d’avoir la simplicité que nous avons perdu.

    Merci de sourire aux tristes figures.

    Merci de faire renaître notre humanité.

    Merci de votre lenteur.

    Merci de vivre.

     

    Ladakh le 24 juillet 2010.

  • Méli-mélo de mots.

     

    MÉLI-MÉLO DE MOTS

     

    Trouver le point d’ancrage y accrocher le premier mot puis lancer le filet dans l’Imaginaire. Attendre patiemment en lisant. Lorsque l’esprit frémit, doucement remonter le chalut, déposer délicatement sur le papier les mots, les phrases, les poèmes en prenant soin de ne pas les écraser, les éparpillés, les étranglés dans la gorge de la poulie.

    Déguster du bout des yeux :

    Silence.

    Vent du large.

    La malle aux épices.

    Les Indes.

    Les caravelles ventrues.

    Les tortues centenaires sur les plages des Seychelles.

    L’odeur des algues sur le corps de la curiste.

    Le vent en rafale tourne les pages de la vie de Louis XIV.

    Notre vie aux quatre vents des quatre-quarts des quatre grands-mères de Port Leuquatre.

    Le gong a retenti ses lentes vibrations parcourent mon corps. Tu as perdu le match corpusculent mes particules élémentaires.

    Un grain de blé entre deux meules de granit redevient poussière.

    File la quenouille chante la grenouille au petit chaperon rouge qui ne l’écoute pas.

    Pas à pas le Grand Méchant Loup se rapproche du canal et d’un coup de mâchoire rageur étouffe le croassement.

    Tu as une drôle de voix dit le lapin rose au Grand Méchant Loup.

    Croasse moi ou croasse moi pas j’ai croassé une grenouille un soir de croassant de lune mauvais présage pour la voix des Nations.

    Tui tui ti tui tui ti un marteau piqueur est amoureux d’un asphalte aux yeux noirs.

    Vibrations des ondes telluriques ou bus sur l’avenue ?

    Crache le noyau ou je te dénonce à la police politique.

    Starting block à New York. Guetry élec au musée des incongruités.

    Chamaillement pour un chandail bleu chatoyant. Châtaignes et chagrin.

    Flux et reflux des verticales lumineuses de l’inconsistant, flots de vertus nommés Dieu par l’homme ignorant.

    Tyranno de Bergerac, tyrannorac de Bergesaur.

    Le fidèle chien épluche des pommes de terre les yeux larmoyants car il croit que ce sont des oignons.

    Illustre, illustrissime, illustrissimo, illusions.

    Un épileptique velu s’arrache les poils en hurlant « Je ne retournerais pas à la guerre ».

    Fukushima mon amour là où les hommes à quatre bras enlacent les femmes à deux têtes, mariage de raison.

    Le trident a violemment cloué au sol le gladiateur. Néron réclame la cuisse.

    Les narcotrafiquants se drogue au jus de dollars. L’ambroisie ils ne connaissent pas.

    DCA ? Non DSK ! C’est pareil ça tire à vue.

    Le mira dort

    Le mata dort

    Le pica dort

    Le tcha dort

    Le pesca dort

    La serpe dort

    La ja dort

    Heureusement le mata mord

     

    Pris en flagrant délit de délire, je plaide coupable.

     

     

  • Marguerite et Rosalie.

     

    MARGUERITE ET ROSALIE

     

    -         Marguerite…MARGUERITE…MARGUERITE

    -         Ce n’est pas possible Rosalie, combien de fois devrais-je te répéter de ne pas me déranger lorsque je suis en méditation transcendantale ?

    -         Tu l’as vu ?

    -         Quoi ?

    -         La voiture qui est passée.

    -         C’est pour cela que tu m’as fait sortir de mon point zéro, incroyable ! Des voitures passent par centaines tous les jours sur la route qui longe le pré, alors il y a bien longtemps que je n’y prête plus attention.

    -         Mais c’était une vieille voiture.

    -         Alors !

    -         Je ne sais pas pourquoi, aussitôt j’ai pensé à l’ancien temps que me racontais ma grand-mère. Toutes ces belles légendes transmises de génération en génération. Ma préférée c’était celle-ci :

    "En ce temps là, il n’y avait pas de trayeuse électrique, le soir lorsque les pis étaient bien gonflés, les vaches attendaient avec impatience le craquement des roues de la charrette sur le chemin cahoteux et le tintinnabulement des bidons vides. La fermière s’installait sur son tabouret à trois pieds, glissait le seau sous les pis et doucement les prenait à pleine main. Par pression et délicats étirements elle faisait jaillir le lait dans un doux crépitement. Les vaches ravies de cette tendresse arrêtaient toute activité. Elles passaient une nuit habitée de rêves ensoleillés et le lendemain à l’aube se mettaient à manger et ruminer avec ardeur afin d’être sûr que leur pis soient bien remplis le soir venu".

    Marguerite, si à la place de ces froids tubes d’acier, de ces pincements affreux, sans oublier l’halètement satanique de la machine à profit, nous avions la douce main de notre fermière, quelle expérience cela serait ! J’imagine cela comme des caresses sensuelles et maternelles à la fois. Pour moi c’est l’expression de la volupté.

    -         Arrête Rosalie, tu me fais fantasmer, je suis au bord de l’orgasme. Ce n’est pas bon ce genre d’histoire ça nuit à la réflexion comme disait Kierkegaard dans "Méditation sur le pré"

    -         Marguerite regarde qui vient là-bas. Tu les reconnais la mamy, le papy et leurs deux petits fils. À chaque fois, qu’ils passent ils s’arrêtent. Le papy tente de faire croire aux gamins qu’il parle "vache", alors je te fais des meuh et des meuh un vrai nul, plus bête qu’un cheval tu vois le genre.

    -         Rosalie ce n’est pas de sa faute, il ne peut pas savoir que nous sommes au delà du relationnel par la parole. Comment pourrait-il imaginer que nous communiquons directement de cerveau à cerveau. ? Notre meuh n’étant que la répétition du son créateur de l’Univers. Incantation que nous faisons au début et à la fin de toute mise en retrait de la vie physique, extraction qui nous transforme en pur esprit. J’exagère un peu, disons que nous méditons pour un jour y parvenir.

    Ces pauvres humains qui se croient la forme la plus évoluée du vivant alors qu’ils ne sont que de vulgaires mammifères mangeurs de viande à peine sortis de l’anthropophagie. D’accord, ils ne sont pas les seuls, mais la suffisance infinie dont ils font preuve leur interdit d’imaginer que nombre d’animaux, de "bêtes" comme ils disent, leurs sont intellectuellement et spirituellement supérieur.

    -         Allez Marguerite vient avec moi les voir, dans le fond ce sont des braves humains et leurs petits sont bien mignons.

    Les deux amies se dirigent doucement vers le groupe. Le papy tout joyeux exulte :

    -         Les enfants vous voyez que je parle "vache" couramment elles ont compris que je leur demandais de venir pour un brin de causette. Meuh, meuh, meuh.

    -         Tu avais raison Rosalie, il est débile comme un cheval.

     

    Marguerite et Rosalie s’amusent, elles minaudent pour se faire désirer. Elles jouent les apeurées rien que pour le plaisir d’entendre les meuh du grand-père. Après quelques minutes de ce jeu elles s’approchent de la clôture et se laissent effleurer le museau par le papy. Un recul juste pour faire peur aux petits et ainsi valoriser leur exploit lorsque après maintes approches ils osent enfin les caresser.

    -         C’est bon Rosalie, on prend un peu de recul je n’ai pas que cela à faire.

    -         Arrête de jouer à la grande sage Marguerite, je t’ai vu, tu étais bien contente de te faire caresser le museau et les grosses poignées d’herbe fraîche du fossé tu les as mangé avec plaisir.

    -         C’est vrai, c’est vrai j’aime bien les caresses et l’herbe verte est forte agréable par rapport au tapis ras et desséché du pré. Pourtant je dois retourner sous mon pommier pour méditer. Ce que ne savent pas tous ces humains ignares et sans spiritualité c’est que l’on atteint l’état d’Arahat lors d’une réincarnation en vache. Ce qui explique leur sacralisation dans certains pays d’Asie. Pour cela, je dois réussir à abandonner tous mes désirs, tous mes attachements terrestres. Si je réussi à atteindre la délivrance personnelle ce sera ma dernière incarnation sur cette planète, je serais parvenue au nirvâna.

    Toutefois il est possible d’être réincarné plusieurs fois en vache, donc difficile de savoir si aujourd’hui il s’agit de la fin de la perpétuelle errance. Je crains, vu ma faiblesse aux douces choses de la vie, que ce ne soit pas le cas. Comme je crois en la métempsychose, je me dois de persévérer dans la voie du détachement, si ce n’est pas cette fois ci, ce sera la prochaine.

    Le bouddha Gautama Sakyamuni a persévéré pendant quatre vingt onze "kappa", des ères cosmiques Rosalie, soit un temps incommensurable, alors pourquoi ne le pourrais-je pas !

    -         Tu me saoules Marguerite, allez va méditer sous ton arbre pendant que je profites de la vie, ici et maintenant.

    -         Pauvre tas de chair à boucherie, oui je vais me taire et m’éloigner de ta vue. Comme dit Lao Tseu :"Celui qui sait ne parle pas. Celui qui parle ne sait pas"

     

    -         Marguerite…MARGUERITE…MARGUERITE

    Pas de réponse, je crois que je l’ai vexée. Je vais avoir droit à la tête pendant une semaine. Ça fini toujours comme cela, avec toutes ses histoires elle m’embrouille le cerveau. Il est vrai que nous les vaches nous sommes d’une intelligence supérieure. Sur ce point nous sommes d’accord, nos divergences sont d’ordre eschatologique. Moi je pense que le cosmos recycle en particules élémentaires tout ce qu’il matérialise. Tout est éphémère, même l’univers retrouvera son état originel d’énergie non matériel. Je ne crois pas à la métempsychose, j’existe une fois et recyclage. Elle par contre est en plein rêve, elle s’invente des passés et des futurs plus incroyable les uns que les autres.

    Mar…Marguerite…MARGUERITE…pourquoi tes pattes ne touchent plus le sol ? J’ai peur, ne me laisse pas seule, je te crois Marguerite, la métempsychose existe, revient Marguerite.