11.12.2009

Parfois.

PARFOIS.

 

 

 

 

 

Parfois je rêve

De plomb mon cœur l’enrober

De céciter mes yeux

De surditer mes oreilles

De plonger dans le puit noir

De l’amnésie facile

De descendre, descendre

De traverser la réalité

De retrouver les miens

De ne plus avoir peur

De ne plus désespérer

De sourire simplement

De vivre sans haine

De prier sans religion

De tribu sans ethnie

De sagesse sans guru

De paix sans calumet

 

Parfois je regrette

De mon pays le lointain.

09.12.2009

Solitude.

SOLITUDE.

 

 

 

Au fond du canyon

Entre les verticales parois,

L’aigle, ses ailes d’or en deuil,

Marche depuis dix mille ans.

 

Homo incante le rocher

Pour faire jaillir la Source.

Un jet de sable rempli sa bouche

Étouffant son cri de joie.

 

Des roches suintent les rouges pleurs

D’un soleil stupéfait

De l’avidité des lèvres de pierre

Que tord un rictus d’envie.

 

Porteur d’espoir un souffle parcourt,

En un cycle éternel,

Les serpentesques méandres assoiffés

D’un éternel fleuve disparu.

 

Rien ne frémis à son passage

Tout est pétrifié, fossilisé.

Épuisé de tant d’ingratitude

Il quitte le canyon sans fin.

 

Ses yeux morts le supplient

Homo incante le verbe

Pour faire jaillir la lumière

Ses ténèbres ne la reçoivent pas.

 

Les fruits de l’onirique sont pourris

Le grand singe s’épuise en vain

A tenter de détruire le mur

En d’inutiles projections vespérales.

 

La cloche d’airain ne sonne plus le tocsin

Le battant a été dérobé

Par les fantômes muets

De nos nuits moites.

 

La greed plane dans l’azur

Monopolysant le soleil.

L’aigle dans l’ombre

Baisse honteusement la tête.

 

Le 28 novembre 2009.

08.12.2009

Le dernier tango.

LE DERNIER TANGO.

 

 

 

 

 

Sur la terrasse, allongé sur un matelas blanc,

Je laisse le soleil me grignoter tendrement.

La musique d’Astor Piazzolla, langoureusement,

Caresse mes songes lunaires et évanescents.

 

De la maison un nouvel appel enjoué me sollicite.

Se sustenter ! Proposition triviale, inutile trêve.

Revenir au contingent, respecter l’accord tacite.

Tout en lenteur je m’extirpe de mes rêves.

 

Debout les bras en croix je me défroisse, silencieux.

Derviche je suis kaléidoscope d’ombre et de lumière

Le soleil complice clos et étoile mes yeux.

Les jeux sont faits, il faut suivre la traversière.

 

Etourdis, j’ai le sentiment d’une présence.

Svelte et souple profitant de ma confusion

Mon ombre m’a enlacé sans troubler le silence

Surpris je la repousse, inutile gesticulation.

 

Elle sourit et m’entraîne en un tango fusion

Je suis léger, je m’abandonne ému

Jamais je n’ai dansé avec autant de passion

Je suis ici et ailleurs, pleinement détendu.

 

Sur la terrasse une robe blanche me cherche.

Incognito, fondues dans l’ombre des pierres

Deux orphelines s’étreignent puis s’éloignent.

Un zéphyr discret chasse la poussière.

 

07.12.2009

Le temps a laché ses chiens.

LE TEMPS A LÂCHÉ SES CHIENS.

 

 

 

Le temps a lâché ses chiens

Éperdus de douleurs diurnes,

Aveuglés par l’infini

Ils errent dans les marécages.

 

La lune hypocrite les guide

Vers les plaines giboyeuses.

Le soleil vigilant brûle

Nos éphémères traces.

 

Kronos calme sa meute

En leur donnant en pâture

Quelque clepsydres désavoués

Par la déesse Éternité.

 

Ils brisent les os des heures

Suçant avidement la moelle

Au centre du cercle

Puis repus ils rodent en rêvant.

 

Les oreilles des chiens se dressent,

Thanatos gronde en son royaume

Haro aux poètes égarés

Coquelicots rebelles à la linéarité.

 

La grande Horloge cosmique

Vomi chaque seconde

En un spasme douloureux

Sur l’inerte énergie.

 

Les chiens fous de rage

Hurlent à la mort

Devant les remparts

De la cité interdite.

 

Kronos en douceur s’éclipse.

Ses gardiens de pierre

Porte l’effroi figé

De leur insignifiance

 

En la citadelle

Repose le néant créateur

En lui dort le futur

Maître des cordes.

 

Le 28 novembre 2009.

06.12.2009

Je trie

JE TRIE.

 

 

 

 

Je trie dans les débris

De tombeaux et de landaux,

Des lambeaux de peau,

Des morceaux de cri.

 

Dans mon grand charroi

Fragments de foi,

Éclats de voix

S’amoncellent en désarroi.

 

La nuit je me réfugie

Dans mon grand fouillis

Je pèse puis je classe sans répit.

Au matin absous je souris.

 

Le 30 novembre 2009.