08.11.2009
Tolérants
TOLÉRANTS.
Fiers et hautains, le regard droit
ils ignorent les têtes baissées
des ombres de l’autre trottoir,
d’un autre monde.
Ils sont tolérants,
pas de remarques acerbes,
pas de crachats, ni d’insultes,
pas de jets de pierres.
Ils tolèrent mais ne fréquentent pas.
Ils regardent mais ne sourient pas.
Ils préservent jalousement leur soleil.
Ils veillent aux limites.
Leur misère ne les concerne pas.
Ils les laissent mourir en paix
sans émoi, ni curiosité.
Leur Dieu n’est pas d’ici, alors !
Ils sont tolérants, toutefois :
évitez notre trottoir
ne regardez pas nos filles
rentrez vos enfants.
Ils, qui sont-ils ?
Qui sommes nous ?
Le 22 septembre 2008.
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07.11.2009
Mes menteurs
MES MENTEURS.
Ce matin au réveil j’entends le vent d’hiver,
il ne chante pas il glisse. Patineur frigorifié
son souffle glacé roule de noirs nuages
que boit avidement un puits de lumière.
Un bruissement persistant devient perceptible :
"Tes menteurs sont morts, tes menteurs sont morts".
Passé un bref instant de satisfaction je frémis.
Je hurle Janus, je sais qu’il n’y aura pas de réponse.
Compagnons du premier jour, amis intimes.
Qui maintenant trouvera les mots du réconfort ?
La flamme vacille, le puits se ferme. Apeuré
le blanc cherche en vain le noir du damier.
Je suis seul sur le chemin, nu intérieurement,
aveuglé par la lumière je trébuche à chaque pas.
Homme de plaine j’ai voulu devenir montagnard,
ténèbres refuge de mes souffrances où êtes vous ?
Une main amicale saisie fortement mon bras
me ramène lentement sur le chemin caillouteux.
L’ombre épaisse de l’homme apaise mes yeux
mon Frère calme toi je suis là, avance.
Le 23 septembre 2008.
23:00 Publié dans littérature, poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, poème.
06.11.2009
Réfugié.
RÉFUGIÉ.
Huit jours que je marche
Vers le nord, vers l’Autre pays
Sous le grand soleil noir,
Dans la poussière de nos morts.
Huit jours que je marche
J’entends les pleurs des enfants
J’entends les cris des femmes.
J’entends les rires des barbares
Huit jours que je marche
Je vois mes parents égorgés
Je vois les fillettes violées
Je vois la mort hilare.
Huit jours que je marche
Tremblant de frayeur
Dès que j’entends la rumeur
"Ils arrivent, Ils arrivent".
Huit jours que je cours me cacher
Dans la forêt, le marais, le fossé
Je deviens invisible et silencieux
Comme un tronc, un cadavre.
Huit jours que je tombe,
Sans dormir, vais-je mourir ?
Je le souhaite et le redoute
Pourquoi suis-je vivant ?
Huit jours que je mange
Des racines, des baies et
De la viande pourrie de …
Pas de question mes aïeux.
Dix jours que je marche
À l’entrée du camp
À coup de bâton
Ils nous mettent en rang.
Dix heures que j’attends
Dans l’Autre pays
Sous le grand soleil noir
Dans la poussière rouge.
Dix secondes, rapide regard puis
Une couverture, une gamelle.
Anonyme reconnaissance
Du réfugié C 2830.
Six mois que je tourne
Dans le camp. Seules
Les mouches s’intéressent à moi
Je cherche désespérément.
Deux heures que j’attends
Muet et tête basse
"Suivant" je tend ma gamelle,
Claquement de la louche. "Merci"
Le 05 décembre 2008.
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05.11.2009
Certitudes.
Toujours dans ma série des "Improbables dialogues".
CERTITUDES.
Lui : Bonjour Mamadou
L’autre : Bonjour Monsieur Le Plume. (Je ne m’appelle pas Mamadou mais Boubacar. Pour lui tous les noirs se nomment ainsi, comme Firmin pour les valets d’antan)
Lui : Pas d’ennui cette nuit ?
L’autre : (Toujours la même question) Non calme plat.
Lui : T’as pu dormir alors ?
L’autre : (Toujours la même plaisanterie) Vous savez bien que je fait consciencieusement mon métier de gardien de votre parking, je ne dors jamais.
Lui : (Il me prend pour un con ce singe) Comme si j’allais te croire. Mais contrairement à ce que dise les mauvaises langues je ne suis pas raciste. Je suis également bon puisse que je ne te vire pas.
L’autre : Merci Monsieur Le Plume.
Lui : (Il se fout de moi ce noiraud) Ca va, ça va. Donc le "Cargo" a été calme cette nuit ?
L’autre : Le parking oui. Pour là haut il faut demander aux gars de chez "Vigilance et Honneur SARL".
Lui : Tu as raison ce n’est pas des métèques qui veilleront un jour sur le saint des saints. Il est beau cet immeuble, immense, fort comme moi. Je suis fière de cette preuve matériel de mon influence.
L’autre : Oui Monsieur Le Plume.
Lui : (Je rêve il continue à se foutre de moi) Ferme ta gueule.
L’autre : Oui Monsieur Le Plume.
Lui : (C’est incroyable il me tient tête) Il faut que je te mette mon poing dans la gueule pour que tu t’écrases ?
L’autre (Effrayé) : Non Monsieur Le Plume j’ai compris.
Lui (Bombant la poitrine) : (La force, il ne comprenne que cela les bouffeurs de bananes) C’est bon.
L’autre : Cette nuit j’ai lu dans le journal que vous alliez être obligé de vendre le "Cargo".
Lui : Balivernes de journalistes noyautés par les juifs et les francs-maçons. Nous ne quitterons jamais le cargo.
L’autre : C’est clair Monsieur Le Plume.
Lui : Sinon imagine tu tombes sur des nouveaux propriétaires racistes eux, ils te virent.
L’autre : Je n’avais pas envisagé la situation sous cet angle. Vous, vous me payez au black mais au moins j’ai un travail pour nourrir ma famille.
Lui : Et après cela on dit que je n’ai pas de cœur.
L’autre : Merci Monsieur Le Plume.
Lui (Ouvrant son portefeuille): Tiens voila mille euros, car en plus de toutes mes qualités je suis généreux.
L’autre : Merci beaucoup Monsieur Le Plume.
17:43 Publié dans littérature, poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, politique.
04.11.2009
Le puits.
LE PUITS.
La poulie renâcle et couine
le grand puits est si profond.
Le seau déverse l’odorant purin
bile des monstres souterrains.
La porte se ferme en grinçant,
le vent griffe les volets.
La chair cherche un squelette
dans les méandres du temps,
pourquoi nous sommes nous
condamnés à
vivre dans le souffle des vents ?
Le coq a perdu la tête
décapité par les morts.
Désorientée la bulle éclate
sans laisser de trace.
Fragiles comme l’éternité
souveraine
les lampyres fuient dans l’espace
la prégnante origine.
Les mots, vomissures des ténèbres,
souillent les lèvres des momies,
il faudra réapprendre l’aurore.
Des salves d’or ont fusillé
les fragiles fleurs,
les hommes mastiquent du khat
en s’amusant de leur agonie.
Jour après jour ils remplissent
leur faille purulente
de baumes argentés,
d’onguents de leurres,
confondants aurore et servilité.
Fuir l’esclavage de la fausse liberté,
vomir les poisons goulûment avalés,
derrière le mur de soie découvrir
la transparente incandescence.
Utiliser la pourriture de la plaie
pour fertiliser son appétit
et dans un spasme titanesque
vomir les vipères rouges et
les vouivres laiteuses, alors voir
dans la béance jaillir les sources.
Pleurer en laissant se clore la nuit
comme s’ouvre le long tunnel.
Parcourir le désert du centre
plein de facétieux assassins qui
vantent le facile abandon du cercle,
pour étreindre, loin de l’orage,
le bonheur illimité à 29 euros 90.
Le coq de la Rolex chante.
De pauvres hères irréalistes,
plein d’ascendants cyclones
ouvrent leur mémoire pour
tenter de détruire ce fallacieux
rempart de sable, qui aveugle
les fenêtres du firmament.
J’ai frémis en côtoyant le précipice
de mes bons sentiments.
L’edelweiss m’a dis :
bonimenteur du passé, aboyeur du futur,
vis dans le présent.
Mon cœur calciné cherche
le moindre souffle pour apaiser
la tristesse du violoncelle.
J’erre perdu dans ma ville,
au pied des lampadaires flétris,
dans la douleur de la lumière
artificielle,
je poignarde des ombres.
Illusoire béatitude du meurtrier
en recherche de sainteté
un bouquet de fragrances en main.
Illuminé j’éructe pour récupérer mes
fragments d’illusions éparpillés
dans le cosmos nourricier, où
elles recherchent éperdues leur place
dans le puzzle du jeu de la Vérité.
Sonore expression de la réalité
la poulie renâcle et couine
l’étoile s’est noyée dans le puits
clame t-elle il n’y aura plus de réponse.
Le sablier s’est bouché
le temps ne s’écoule plus
seul le cri de la Passion résonne
sans fin et sans raison.
L’Univers entier vibre de
la rage de mourir, le big crunch
initie ses premiers pas,
vers le toboggan du retour
à l’éternelle renaissance.
Seul, hors du temps,
l’as de pique s’habille, enfile
un brassard de deuil et
se dirige lentement
en direction du cimetière.
À la porte muet d’effroi
Il découvre le grand puits sans fin.
Terreur statufiée il comprend :
Il n’y a plus d’au-delà !
Le 28 avril 2009.
10:04 Publié dans littérature, poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, politique.
03.11.2009
L'oiseau du bonheur.
L’OISEAU DU BONHEUR.
Porté par l’oiseau du bonheur
Est arrivé le malheur.
Simple et humble il a déclaré
Désolé, je dois obtempérer.
Ils se sont raidis
Elles se sont blotties
Les hommes ont crié
Les femmes ont prié.
Désolé, je dois obtempérer
Vous prenez sans donner
Depuis trop longtemps
Voici venu le temps.
Le malheur a disparu
Comme il était venu
Les hommes ont soufflé
Les femmes ont prié.
L’oiseau du bonheur
Observe avec douceur
Les hommes l’ont tué
Les femmes l’ont prié.
La douce brise d’ouest
Est devenu tempête
Renversant le carré d’or
Flotte une odeur de mort.
Cent millions de moins
Le nanti est très chagrin
C’est vraiment inhumain
De briser le rêve du gain.
Plus de boulot plus de demain
Le quart monde à faim.
C’est vraiment inhumain
De briser le rêve du pain.
L’oiseau du bonheur
C’est sûr jamais ne meurt
Tel le phénix de Sumatra
De ses cendres il renaîtra
Viendra la reconquête
Les soirées de fête
Pas de prise de tête
Direction Papeete.
Restera la lourde dette
Le désespoir en tête
La fierté empêche la quête
Les Restos signe la défaite.
Le 09 avril 2009.
11:49 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, politique.
02.11.2009
La cage.
LA CAGE.
Après tant d’années de solitude
Ce matin j’ai ouvert la cage
L’oiseau muet a sifflé.
J’ai attendu, il n’a pas bougé.
Je lui ai raconté les arbres,
Le soleil, le vent, la pluie
Les enfants, les rires, les pleurs
J’ai attendu, il n’a pas bougé
Je lui ai raconté ses frères,
Ses sœurs, l’amour,
La danse nuptiale, la vie.
J’ai attendu il n’a pas bougé.
Je lui ai raconté la liberté,
La fraternité, l’égalité,
Le monde merveilleux.
J’ai attendu, il n’a pas bougé.
Je n’ai plus rien raconté
L’oiseau a sifflé "Trop tard"
Doucement j’ai refermé la cage.
Encore tant d’années de solitude.
Le 02 janvier 2009
09:06 Publié dans littérature, poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, poème
01.11.2009
Racisme ordinaire.
RACISME ORDINAIRE.
Il y a quelques mois j’ai embauché un congolais. Il est noir, vraiment noir.
Lors du recrutement sa candidature fut retenue avec celle de deux autres personnes car sa formation et son expérience correspondaient exactement au profil que nous avions défini.
Après qu’il eu passé les tests et rencontré notre DRH je le reçu pour un dernier entretien. En dehors des critères professionnels sa personnalité et sa couleur de peau étaient pour moi des atouts supplémentaires.
Dans notre charte d’éthique d’entreprise il est inscrit comme positive attitude, entre autre, que chaque salarié doit avoir une vision totalement humaine dans ses relations avec les autres et que notre politique d’embauche exclus toutes les discriminations sexiste, raciale ou religieuse.
Notre personnel inclus donc des arabes, des juifs, des asiatiques. Nous employons même un indien d’Inde au service informatique, mais pas de noir. Monsieur M’Backi nous offrait, en plus de sa compétence, la possibilité de remédier à ce manque dans notre effectif.
Je donnais donc mon accord pour son embauche en CDI.
En janvier réunion semestrielle avec les représentants du personnel. Nous parlons de la crise et de ses conséquences pour la société. Le DRH et moi rassurons tout le monde en présentant notre carnet de commandes rempli pour un an. Il est vrai que certains clients ont diminué leurs quantités d’achat par contre nos commerciaux sont très offensifs et ainsi trouvent de nouveaux clients avec ardeur. De plus nos produits sont très performants et nous avons deux à trois ans d’avance en innovation sur nos concurrents. Nous allons sûrement être obligé d’embaucher.
Le point sur notre situation économique étant épuisé nous passons au volet social. La charte éthique est bien connue de tous et aux dires des deux parties elle est globalement respectée. Le montant de la participation pour l’année écoulée est en hausse. Nouvelle qui réjouit les représentants du personnel. Notre offre d’augmentation annuelle de six pour cent est votée sans grand débat.
Puis l’ordre du jour appelle les questions diverses. Quelques interrogations sans grande importance, par contre je vois nos interlocuteurs s’agiter sur leur chaise. Je sais que cette attitude, comme à l’accoutumée, précède une question délicate.
- Voilà Messieurs ……nous voudrions vous parler de Monsieur M’Backi….
- -Nous vous écoutons.
- Il y a un problème ………avec ses collègues
- C'est-à-dire ?
- Il sent fort…..
- Et alors à chacun son odeur. Pour les noirs nous sentons la mort. Pensez vous que ce soit agréable pour eux ?
- Oui, oui d’accord….mais bon… les gars se plaignent à nous sans arrêt.
- À part le fait qu’il soit noir il n’est pas différent de nous. Il est arrivé en France à l’âge de trois ans, famille chrétienne, éducation stricte. Il ne boit pas, le problème est peut être là ?
- Non, non……
- Alors quoi ?
- Ben…..ils ont du mal….
- À quoi ?
- A l’accepter comme chef d’équipe.
- Quelles raisons invoquent ils ?
- Son équipe…..n’accepte pas d’être commandée par un noir, voilà !
- C’est impensable et en contradiction totale avec notre éthique
- Nous le savons Monsieur mais…..mais l’ambiance est devenue invivable et le mal gagne les équipes voisines. Ce qui va aussi à l’encontre de notre éthique d’harmonie et de consensus.
- Ah ! Oui c’est embêtant…..bien embêtant.
- Personnellement nous n’avons rien contre lui, mais aujourd’hui avec la crise et tout, ça l’fait pas. Il vaudrait mieux que l’ambiance soit bonne, qu’en pensez vous ?
- Bien sûr, bien sûr……….Monsieur le DRH êtes vous au courant de cette affaire ?
- Oui évidement, j’essaie de calmer les esprits afin de faire respecter notre charte mais j’avoue mon impuissance
- La personnalité de Monsieur M’Backi est elle en cause ?
- Non, ni sa compétence. Simplement il serait balayeur il n’y aurait pas de problème. Comme chef d’équipe il est rejeté
- Donc sur sa simple couleur de peau ?
- Oui Monsieur c’est navrant mais je ne vois pas comment faire évoluer la mentalité des membres de son équipe. En attendant l’ambiance est plombée et la productivité baisse. Je suis bien en peine pour ramener la sérénité.
- Que nous conseillez vous ?
- Monsieur je pense que le mieux ne serait pas de licencier Monsieur M’Backi, ce qui serait contraire à notre éthique d’entreprise, mais ……..mais de lui conseiller de chercher un autre emploi. Bien sur nous lui laisserions le temps nécessaire.
- Well, well situation délicate mais l’harmonie de la société est en jeu. Convoquez Monsieur M’Backi à mon bureau demain matin.
- Monsieur M’Backi bonjour prenez place s’il vous plait. Je suis extrêmement embêté……..vous savez que nous vivons une crise très dure, notre chiffre d’affaires baisse alors il nous faut serrer les boulons, réduire nos coûts. Comme vous êtes parmi les derniers embauchés nous allons devoir nous passer de vos services. Attention nous ne vous licencions pas sèchement car tout le monde est satisfait de vous et ce serait contraire à notre éthique. Cherchez un travail tranquillement. Bien sur pas pendant un an (rire forcé).
- Monsieur je ne suis pas surpris j’ai déjà vécu plusieurs fois cette situation. Tout le monde est content de moi, mais l’on fini toujours par me virer. Je n’ai pas les moyens de Michael Jackson pour me faire blanchir la peau, alors…….Ne vous inquiétez pas j’ai vu le complot se développer j’ai donc pris les devants. Je dois signer prochainement un CDI pour un poste de directeur dans une société au Congo. Ne vous inquiétez pas je ne resterai pas un an, ne vous inquiétez pas.
Monsieur M’Backi pleure en silence.
- Ne vous inquiétez pas ce n’est pas grave j’ai l’habitude. Ne vous inquiétez pas. Au revoir Monsieur.
- Au revoir Monsieur M’Backi, bonne chance.
Le 03 avril 2009.
10:27 Publié dans littérature, poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poésie, politique, sarkozy.
29.10.2009
Suicide
SUICIDE.
Je ne l’ai jamais nié, j’ai déconné
C’est vrai je me suis complètement égaré.
Je n’aurais jamais du la voler cette télé
C’était la coupe du monde j’ai disjoncté.
Est-ce une raison pour me tutoyer,
M’insulter, me bousculer, me bastonner,
Me jeter dans cette cellule sans manger,
M’obliger à implorer afin de pouvoir pisser ?
Transfert, je suis en prison depuis une semaine
À attendre sans explication, sans espoir
Les matons me traite comme un criminel
J’ai une peur permanente de mes codétenus.
Eux c’est des durs des vrais, pas des pédés.
D’ailleurs il ne se gêne pas pour me le rappeler
T’as des couilles ou quoi tu ne vas pas pleurer
Toute la journée comme une gonzesse.
Je n’en dors plus, je revis tout en boucle
J’ai honte pour ma mère et mon père
Ma famille est déshonorée dans la cité
Quand à moi ma vie est foutue, c’est sûr.
Madame, Monsieur bonsoir, voici les titres :
Un communiqué du Ministère de la Justice
Annonce qu’un nouveau détenu c’est suicidé
Il s’agit du douzième cas depuis le début du mois.
Carla Bruni a vendu trois cent mille exemplaires
De son dernier disque "Comme si de rien n’était".
Le 27 octobre 2008.
09:02 Publié dans littérature, poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, politique, sarkozy
28.10.2009
Stock-options.
Toujours dans la série de mes "Improbables dialogues".
STOCK-OPTIONS
Lui (Très aimable) : Bonjour Monsieur Baulthi, je vous en prie prenez place.
L’autre : Merci, bonjour Monsieur Lièreseil.
Lui (Flatteur) : Je vous remercie d’avoir accepter mon invitation à cette réunion informelle, non prévue au planning. C’est un plaisir de vous recevoir aujourd’hui.
L’autre (Surpris): Je vous en prie. Je suis seul ?
Lui (Suave) : Oui, si vous n’y voyez pas d’inconvénient évidemment ? J’ai besoin de votre conseil de syndicaliste expérimenté, concernant un projet qui me tient à cœur.
L’autre (De plus en plus surpris) : Bien, je vous écoute alors.
Lui (Baissant la voix) : Contrairement à tout ce qui se raconte notre groupe gagne de l’argent, beaucoup d’argent. Les excédents, par un montage fiscal très complexe, convergent vers la holding, de la holding, de la holding. Ils sont bien sûr situés dans trois pays différents.
L’autre (Abasourdit) : Ouais, ouais.
Lui (Enjoué) : Tout ceci est anecdotique, sans intérêt mais permettra d’éclairer ce qui va suivre.
L’autre : Ouais, ouais.
Lui (Baissant à nouveau la voix) : En accord avec les membres de ma famille qui sont toujours actionnaires, nous avons décidé, pour l’année 2008, de ne pas externaliser les excédents mais de procéder à une distribution de stock-options.
L’autre (Désorienté, puis s’énervant) : Ouais, bien. C’est gentil de m’expliquer vos problèmes, mais je pense que vous êtes plus expert que moi dans la mise en place d’une usine à gaz fiscal. Et pour ne rien vous cacher j’en ai rien à foutre de vos stock-options. De plus sachant que cet argent est celui que vous avez volé aux travailleurs, je suis indigné que vous m’ayez convoqué pour me raconter vos histoires de fric.
Lui (Conciliant) : Ne vous énervé pas Monsieur Baulthi, laissez moi finir…
L’autre (Se levant) : Ne vous énervez pas Monsieur Baulthi, elle est bonne celle là. Monsieur Lièreseil souhaite l’avis du syndicaliste expérimenté pour savoir comment résoudre ses problèmes de superbénéfices et ensuite il s’étonne de ma réaction.
Lui (Doucement) : Laissez moi finir, je ne vous ai pas encore exposé mon projet. Vous allez voir, contrairement à ce que vous pensez, il va beaucoup vous intéresser.
L’autre (Se rasseyant) : Bon, bon je vous écoute.
Lui (Réjoui d’avance) : Je disais donc en 2008 nous n’allons pas externaliser les excédents mais procéder à une distribution de stock-options. Attention écoutez bien : réservé à tous les salariés sauf les cadres dirigeants et les actionnaires.
L’autre (Troublé) : Ai-je bien compris, vous allez distribuer des actions au personnel ?
Lui (Fier) : C’est exactement cela !
L’autre (Narquois) : Ouais, ouais, comme la prime que vous avez versé début 2008 pour les bénéfices 2007. Entre quarante cinq et quatre vingt quatre euros par personne suivant la qualification.
Lui (Pédagogue) : Pas du tout. Sachant que les années précédentes la holding de tête à distribuer entre trois et quatre milliards d’euros aux soixante quatre actionnaires, si nous nous basons sur le l’hypothèse basse cela fera environ trois cents soixante mille euros pour chacun des huit mille deux cents soixante dix employés de notre groupe "Whisky Placement".
L’autre (Éberlué) : Tous ces chiffres me tournent la tête, pouvez vous me répéter la somme que toucherai chaque personne.
Lui (Souriant) : Environ trois cents soixante mille euros.
L’autre (Sortant sa calculette): Cela ferai…cela ferai…vingt quatre ans de salaire pour une personne qui gagne quinze mille euros par an ???
Lui (Souverain) : Je ne saurais vous dire, je ne fait jamais ce genre de calcul.
L’autre (Assommé) : C’est une mauvaise blague Monsieur Lièreseil, votre humour est bien connu mais là je pense que vous dépassez les bornes. Je comprends mieux que vous n’ayez pas souhaité la présence de mes collègues.
Lui (Soudainement inquiet) : Non, non Monsieur Baulthi, tout ceci est très sérieux. Si j’ai souhaitais m’entretenir en tête à tête avec vous, le Président de la T.G.C.* c’est pour connaître votre sentiment sur notre idée et les conséquences qui pourraient découler de sa mise en application.
L’autre : Les conséquences ?
Lui : Oui, imaginons que les gens se mettent en grève ou en colère et cassent tout le matériel.
L’autre (Dubitatif) : En grève…pourquoi ?
Lui : Je ne sais pas pour réclamer une indemnité rétroactive par exemple.
L’autre (Souriant) : C’est bien des idées de capitaliste, ne vous inquiétez pas Monsieur Lièreseil je gèrerai. Et pour le matériel vous savez bien que nous protégeons toujours l’outil de travail.
Lui (Détendu) : Bon me voici rassuré demain je convoque un C.E. groupe pour la semaine prochaine. J’ai votre parole Monsieur Baulthi, vous tiendrez vos troupes ?
L’autre (Rigolard) : Pas d’inquiétude Monsieur Lièreseil, annoncez et distribuez les stock-options je m’occupe du reste.
Lui : Merci, merci.
L’autre (Abattu) : Je cherchais le piège le voilà ! Je suppose que je dois aussi annoncer que votre offre n’est valable que pour 2008 ?
Lui : Pas du tout à l’unanimité des actionnaires nous avons décidé qu’il en serait ainsi tous les ans.
*Très Grande Centrale.
Le 29 décembre 2008.
11:13 Publié dans littérature, poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, poème


