22.11.2009

J'ai cru aux crues.

J’AI CRU AUX CRUES.

 

 

 

 

J’ai cru aux crues abondantes

J’ai cru aux décrues fertilisantes

J’ai cru à toutes leurs sornettes

J’ai cru bon de ne pas tirer la sonnette.

 

J’ai bu des grands crus

J’ai bu de l’eau des crues

J’ai bu le vin avant la lie

J’ai bu le calice jusqu’à l’hallali.

 

J’ai perdu tout mon pognon

J’ai perdu toutes mes illusions

J’ai perdu ma mie qui l’eu cru.

J’ai perdu, j’ai bu, je suis foutu.

 

J’ai vendu mon château breton

J’ai vendu ma Rolls d’occasion

J’ai vendu mes fameux Picasson

J’ai vendu les fourrures de Manon.

 

J’ai vécu chez des cousins

J’ai vécu reclus cistercien

J’ai vécu près la belle Aurélien

J’ai vécu nomade bédouin.

 

J’ai revu le soleil se lever

J’ai revu des enfants émerveillés

J’ai revu le ciel étoilé

J’ai revu mon sourire oublié.

 

J’ai tendu le cou pour voir Orion

J’ai tendu le doigt vers l’horizon

J’ai tendu l’oreille à l’appel marin

J’ai tendu la main à demain.

 

 

 

Le 28 décembre 2008.

08.11.2009

Tolérants

TOLÉRANTS.

 

 

 

 

Fiers et hautains, le regard droit

ils ignorent les têtes baissées

des ombres de l’autre trottoir,

d’un autre monde.

 

Ils sont tolérants,

pas de remarques acerbes,

pas de crachats, ni d’insultes,

pas de jets de pierres.

 

Ils tolèrent mais ne fréquentent pas.

Ils regardent mais ne sourient pas.

Ils préservent jalousement leur soleil.

Ils veillent aux limites.

 

Leur misère ne les concerne pas.

Ils les laissent mourir en paix

sans émoi, ni curiosité.

Leur Dieu n’est pas d’ici, alors !

 

Ils sont tolérants, toutefois :

évitez notre trottoir

ne regardez pas nos filles

rentrez vos enfants.

 

Ils, qui sont-ils ?

Qui sommes nous ?

 

Le 22 septembre 2008.

06.11.2009

Réfugié.

 

RÉFUGIÉ.

 

 

 

 

Huit jours que je marche

Vers le nord, vers l’Autre pays

Sous le grand soleil noir,

Dans la poussière de nos morts.

 

Huit jours que je marche

J’entends les pleurs des enfants

J’entends les cris des femmes.

J’entends les rires des barbares

 

Huit jours que je marche

Je vois mes parents égorgés

Je vois les fillettes violées

Je vois la mort hilare.

 

Huit jours que je marche

Tremblant de frayeur

Dès que j’entends la rumeur

"Ils arrivent, Ils arrivent".

 

Huit jours que je cours me cacher

Dans la forêt, le marais, le fossé

Je deviens invisible et silencieux

Comme un tronc, un cadavre.

 

Huit jours que je tombe,

Sans dormir, vais-je mourir ?

Je le souhaite et le redoute

Pourquoi suis-je vivant ?

 

Huit jours que je mange

Des racines, des baies et

De la viande pourrie de …

Pas de question mes aïeux.

 

Dix jours que je marche

À l’entrée du camp

À coup de bâton

Ils nous mettent en rang.

 

Dix heures que j’attends

Dans l’Autre pays

Sous le grand soleil noir

Dans la poussière rouge.

 

Dix secondes, rapide regard puis

Une couverture, une gamelle.

Anonyme reconnaissance

Du réfugié C 2830.

 

Six mois que je tourne

Dans le camp. Seules

Les mouches s’intéressent à moi

Je cherche désespérément.

 

Deux heures que j’attends

Muet et tête basse

"Suivant" je tend ma gamelle,

Claquement de la louche. "Merci"

 

 

Le 05 décembre 2008.

 

 

 

05.11.2009

Certitudes.

Toujours dans ma série des "Improbables dialogues".

 

CERTITUDES.

 

Lui : Bonjour Mamadou

L’autre : Bonjour Monsieur Le Plume. (Je ne m’appelle pas Mamadou mais Boubacar. Pour lui tous les noirs se nomment ainsi, comme Firmin pour les valets d’antan)

Lui : Pas d’ennui cette nuit ?

L’autre : (Toujours la même question) Non calme plat.

Lui : T’as pu dormir alors ?

L’autre : (Toujours la même plaisanterie) Vous savez bien que je fait consciencieusement mon métier de gardien de votre parking, je ne dors jamais.

Lui : (Il me prend pour un con ce singe) Comme si j’allais te croire. Mais contrairement à ce que dise les mauvaises langues je ne suis pas raciste. Je suis également bon puisse que je ne te vire pas.

L’autre : Merci Monsieur Le Plume.

Lui : (Il se fout de moi ce noiraud) Ca va, ça va. Donc le "Cargo" a été calme cette nuit ?

L’autre : Le parking oui. Pour là haut il faut demander aux gars de chez "Vigilance et Honneur SARL".

Lui : Tu as raison ce n’est pas des métèques qui veilleront un jour sur le saint des saints. Il est beau cet immeuble, immense, fort comme moi. Je suis fière de cette preuve matériel de mon influence.

L’autre : Oui Monsieur Le Plume.

Lui : (Je rêve il continue à se foutre de moi) Ferme ta gueule.

L’autre : Oui Monsieur Le Plume.

Lui : (C’est incroyable il me tient tête) Il faut que je te mette mon poing dans la gueule pour que tu t’écrases ?

L’autre (Effrayé) : Non Monsieur Le Plume j’ai compris.

Lui (Bombant la poitrine) : (La force, il ne comprenne que cela les bouffeurs de bananes) C’est bon.

L’autre : Cette nuit j’ai lu dans le journal que vous alliez être obligé de vendre le "Cargo".

Lui : Balivernes de journalistes noyautés par les juifs et les francs-maçons. Nous ne quitterons jamais le cargo.

L’autre : C’est clair Monsieur Le Plume.

Lui : Sinon imagine tu tombes sur des nouveaux propriétaires racistes eux, ils te virent.

L’autre : Je n’avais pas envisagé la situation sous cet angle. Vous, vous me payez au black mais au moins j’ai un travail pour nourrir ma famille.

Lui : Et après cela on dit que je n’ai pas de cœur.

L’autre : Merci Monsieur Le Plume.

Lui (Ouvrant son portefeuille): Tiens voila mille euros, car en plus de toutes mes qualités je suis généreux.

L’autre : Merci beaucoup Monsieur Le Plume.

 

 

04.11.2009

Le puits.

LE PUITS.

 

 

 

 

La poulie renâcle et couine

le grand puits est si profond.

Le seau déverse l’odorant purin

bile des monstres souterrains.

La porte se ferme en grinçant,

le vent griffe les volets.

La chair cherche un squelette

dans les méandres du temps,

pourquoi nous sommes nous

condamnés à

vivre dans le souffle des vents ?

Le coq a perdu la tête

décapité par les morts.

Désorientée la bulle éclate

sans laisser de trace.

Fragiles comme l’éternité

souveraine

les lampyres fuient dans l’espace

la prégnante origine.

Les mots, vomissures des ténèbres,

souillent les lèvres des momies,

il faudra réapprendre l’aurore.

Des salves d’or ont fusillé

les fragiles fleurs,

les hommes mastiquent du khat

en s’amusant de leur agonie.

Jour après jour ils remplissent

leur faille purulente

de baumes argentés,

d’onguents de leurres,

confondants aurore et servilité.

Fuir l’esclavage de la fausse liberté,

vomir les poisons goulûment avalés,

derrière le mur de soie découvrir

la transparente incandescence.

Utiliser la pourriture de la plaie

pour fertiliser son appétit

et dans un spasme titanesque

vomir les vipères rouges et

les vouivres laiteuses, alors voir

dans la béance jaillir les sources.

Pleurer en laissant se clore la nuit

comme s’ouvre le long tunnel.

Parcourir le désert du centre

plein de facétieux assassins qui

vantent le facile abandon du cercle,

pour étreindre, loin de l’orage,

le bonheur illimité à 29 euros 90.

Le coq de la Rolex chante.

De pauvres hères irréalistes,

plein d’ascendants cyclones

ouvrent leur mémoire pour

tenter de détruire ce fallacieux

rempart de sable, qui aveugle

les fenêtres du firmament.

J’ai frémis en côtoyant le précipice

de mes bons sentiments.

L’edelweiss m’a dis :

bonimenteur du passé, aboyeur du futur,

vis dans le présent.

Mon cœur calciné cherche

le moindre souffle pour apaiser

la tristesse du violoncelle.

J’erre perdu dans ma ville,

au pied des lampadaires flétris,

dans la douleur de la lumière

artificielle,

je poignarde des ombres.

Illusoire béatitude du meurtrier

en recherche de sainteté

un bouquet de fragrances en main.

Illuminé j’éructe pour récupérer mes

fragments d’illusions éparpillés

dans le cosmos nourricier, où

elles recherchent éperdues leur place

dans le puzzle du jeu de la Vérité.

Sonore expression de la réalité

la poulie renâcle et couine

l’étoile s’est noyée dans le puits

clame t-elle il n’y aura plus de réponse.

Le sablier s’est bouché

le temps ne s’écoule plus

seul le cri de la Passion résonne

sans fin et sans raison.

L’Univers entier vibre de

la rage de mourir, le big crunch

initie ses premiers pas,

vers le toboggan du retour

à l’éternelle renaissance.

Seul, hors du temps,

l’as de pique s’habille, enfile

un brassard de deuil et

se dirige lentement

en direction du cimetière.

À la porte muet d’effroi

Il découvre le grand puits sans fin.

Terreur statufiée il comprend :

Il n’y a plus d’au-delà !

 

 

Le 28 avril 2009.

03.11.2009

L'oiseau du bonheur.

L’OISEAU DU BONHEUR.

 

 

 

 

Porté par l’oiseau du bonheur

Est arrivé le malheur.

Simple et humble il a déclaré

Désolé, je dois obtempérer.

 

Ils se sont raidis

Elles se sont blotties

Les hommes ont crié

Les femmes ont prié.

 

Désolé, je dois obtempérer

Vous prenez sans donner

Depuis trop longtemps

Voici venu le temps.

 

Le malheur a disparu

Comme il était venu

Les hommes ont soufflé

Les femmes ont prié.

 

L’oiseau du bonheur

Observe avec douceur

Les hommes l’ont tué

Les femmes l’ont prié.

 

La douce brise d’ouest

Est devenu tempête

Renversant le carré d’or

Flotte une odeur de mort.

 

Cent millions de moins

Le nanti est très chagrin

C’est vraiment inhumain

De briser le rêve du gain.

 

Plus de boulot plus de demain

Le quart monde à faim.

C’est vraiment inhumain

De briser le rêve du pain.

 

L’oiseau du bonheur

C’est sûr jamais ne meurt

Tel le phénix de Sumatra

De ses cendres il renaîtra

 

Viendra la reconquête

Les soirées de fête

Pas de prise de tête

Direction Papeete.

 

Restera la lourde dette

Le désespoir en tête

La fierté empêche la quête

Les Restos signe la défaite.

 

 

Le 09 avril 2009.

21.10.2009

Partage.

Toujours dans la série de mes "Improbables dialogues".

PARTAGE.

 

Lui (Faisant le baisemain) : Bonsoir ma chère. Ce n’est pas possible, c’est incroyable, c’est terrible.

Elle (Épouvantée) : Bonsoir Amour. Qui y a-t-il Amour, votre portefeuille d’actions ne vaut plus rien ?

Lui : Non, non ma chère j’avais pris mes précautions.

Elle (Fébrile) : Amour vous avez déposé le bilan de la société ?

Lui : Mais non ma chère, tout va bien, le marché de l’art n’a jamais atteint un tel niveau.

Elle (Illuminée): Amour c’est affreux vous avez un cancer !

Lui : Du calme, du calme ma chère j’ai fait un check-up la semaine dernière j’ai une santé de fer.

Elle (Exaltée): Excusez moi Amour mais avec tout ce qu’ils racontent à la télé je ne vis plus, j’ai des migraines épouvantables. Le krach boursier, la baisse du prix du pétrole, la hausse du dollar, notre patrimoine immobilier qui ne vaut plus rien, enfin presque, les chinois qui vont nous envahir, c’est épouvantable.

Lui : Calmez vous, calmez vous ma chère.

Elle (Perdue) : Mais alors Amour qu’est ce qui est terrible ?

Lui : La misère, toute cette misère ma chère.

Elle (Rassurée) : Oui d’accord Amour mais vous savez il y a toujours eu de la misère.

Lui : Aujourd’hui ma chère je suis rentré à pieds du bureau. Cela faisait quinze, vingt ans que cela ne m’étais pas arrivé.

Elle (Surprise) : Quelle idée bizarre Amour.

Lui : C’est exact je ne sais pas ma chère ce qui m’a pris. J’ai ressenti comme un appel ! J’ai dis à Georges «Rentrez sans moi je vais à pieds".

Elle : Amour vous êtes sûr que tout va bien ?

Lui : Oui, oui ne vous inquiétez pas ma chère. La santé physique est très bonne et la santé psychique aussi.

Elle : Alors Amour ?

Lui : Eh bien imaginez vous ma chère que je me suis rappelé le chemin pour rentrer avenue Foch !

Elle : Amour vous êtes formidable !

Lui : Je vous en prie ma chère ce n’est juste qu’une question de mémoire.

Elle : Quand même Amour. Alors ?

Lui (Volubile) : Alors ? Alors ma chère j’ai emprunté l’avenue Victor Hugo puis l’avenue Raymond Poincaré. Soudain, comme le Bouddha quittant son palais pour la première fois, j’ai eu une révélation. Sur le trottoir juste à coté de moi, oui ma chère juste à coté de moi un homme en guenilles allongé sur des vieux cartons à même le sol. Stupéfait je me suis arrêtais. "Que faites vous là mon brave ?"Lui ai-je demandé.

Elle : Il vous a répondu Amour ?

Lui : Oui ma chère, un peu grossièrement mais en français. Je vous prie de m’excusez du vocabulaire voici sa réponse "Connard, tu ne vois pas que je suis un SDF, est ce que tu sais au moins ce que sais qu’un SDF couillon, je n’en suis pas sûr ! Sans Do mi ci le Fixe"

Elle : Quel grossier personnage Amour !

Lui : Que voulez vous ma chère c’est le peuple. Décontenancé je lui est dit "C’est la première fois que je suis confronté à cette situation". Sa réponse fut immédiate "Tu ne dois pas sortir souvent mon gars des types comme moi qui dorment dans la rue il y en a des milliers dans les rues de Paris".

Elle : C’est vrai Amour ?

Lui : Hélas oui ? Je le savais par la télé, de là à imaginer cela chez nous dans la 16ème, c’est incroyable. D’ailleurs en poursuivant mon chemin ma chère j’en ai croisé cinq ou six. Il y en a même avenue Foch.

Elle (Terrifiée) : C’est épouvantable Amour ! Il y a toujours eu des réfractaires au travail.

Lui : Oui ma chère c’est épouvantable au point que la vue de tous ces hommes a provoqué en moi, comme le Bouddha, une illumination.

Elle (Ébahie) : Une illumination Amour ? Comme Saint Paul plutôt, Bouddha ce n’est pas chrétien.

Lui (Les bras en croix) : Oui ma chère en lettres de feu j’ai vu écris PARTAGE.

Elle (Incrédule) : Vous en êtes bien sur Amour.

Lui : Sûr et certain ma chère.

Elle (Complètement déboussolée): Partage, partage. Je ne comprends pas Amour.

Lui : C’est pourtant simple ma chère, nous sommes riches il faut que nous partagions avec tous les miséreux de tous les pays. Nous allons vendre tous nos immeubles et avec cet argent nous ferons construire des centres d’accueil, ce n’est pas possible ma chère de rester passif devant une situation aussi dramatique.

Elle (Assommée) : De tout les pays, même en Afrique ?.....Vendre nos immeubles Amour en pleine crise de l’immobilier, est ce bien raisonnable ? …Pas le château quand même ?

Lui (Mystique) : Ma chère je suis déterminé, nous allons vendre tous nos immeubles et le château bien sûr et si ce n’est pas suffisant nous vendrons nos forêts.

Elle (Pétrifiée) : Les forêts de vos ancêtres Amour ?

Lui (Dur et déterminé) : Oui ma chère. Assez parlé il faut agir, j’appelle immédiatement notre notaire.

Elle (En pleurs) : Amour, Amour il y a peut être une autre solution.

Lui : Laquelle ma chère ?

Elle (Toujours en pleurs et au bord de l’évanouissement) : Je ne sais pas moi, voyons que faire pour eux………………..Par exemple leur donner des vêtements chauds nous en avons plein les placards……………….. Et puis….et puis financer une bonne soupe chaude, bien épaisse que l’église distribuera……….. Et puis un billet de cinquante euros à tous ceux qui viendront à la messe……………Et puis donner plus à Caritas International………..Et, et……………aux Chevaliers de malte,…..ont pourrait même donner à l’Abbé Pierre le révolutionnaire, au Secours Catholique ce repaire de gauchiste et, et…….. soyons totalement déraisonnables au Secours Populaire aussi.

Lui (Extatique) : Cessez ma chère ma décision est prise Dieu m’a élu je doit accomplir ma mission, rien ne m’arrêtera.

Elle (S’évanouie) :

Lui (Sonnant) : Georgette, Georgette venez vite Madame à besoin de vous.

Elle (Reprenant conscience) : Amour, Amour dites moi j’ai fais un mauvais rêve. Rassurez moi je vous en supplie Amour.

Lui (En lévitation) : Non ma chère vous n’avez pas rêvé je vais de ce pas téléphoner à notre notaire afin que nous mettions en vente immeubles, château et forêts si nécessaire. Je ne vend pas vos bien n’ayez crainte ma chère, uniquement les miens.

Elle : Monsieur je n’ai rien moi.

Lui : Qui puis je Madame il ne fallait pas épouser un riche. Georgette occupez vous de Madame.

Elle (Évanouie) :

Lui (S’éloignant transporté) : Georgette faites quelque chose, aidez Madame, donnez lui un alcool pour l’a ranimer, j’ai à faire, ma mission ne peut pas attendre.

 

Le 12 décembre 2008.